Mélissa Da Costa : de la « littérature facile » à la reconnaissance avec « Fauves »
Mélissa Da Costa : du succès populaire à la reconnaissance littéraire

Mélissa Da Costa : une autrice au sommet malgré les préjugés

Depuis 2021, Mélissa Da Costa figure régulièrement dans le Top 5 des écrivains les plus lus en France. Avec plus de 6 millions d'exemplaires vendus et neuf ouvrages publiés en huit ans, dont le récent Fauves, elle incarne un succès éditorial remarquable. Pourtant, son parcours n'a pas été exempt de critiques, souvent qualifiée d'autrice de « littérature facile ».

Du succès populaire aux remises en question

Son premier roman, Tout le bleu du ciel, publié en 2019, avait bénéficié d'un accueil journalistique très favorable. Adapté à la télévision, il avait rassemblé quatre millions de téléspectateurs sur TF1 l'an dernier. « J'étais 'le' premier roman du moment, et il y a toujours un regard bienveillant sur les premiers romans », confie-t-elle. Mais avec l'installation du succès sur ses ouvrages suivants, un certain dédain s'est manifesté.

« Ce n'est pas agréable du tout. Il y avait cette image 'populaire', pas vraiment gentille, venant souvent, d'ailleurs, de gens qui ne m'avaient pas lue. Et cela me semblait aussi violent pour mes lecteurs », explique Mélissa Da Costa. Elle estime que cette perception a véritablement évolué avec la publication de Fauves, son roman le plus sombre à ce jour.

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« Fauves » : plongée dans l'univers du cirque

Ce neuvième roman explore les thèmes de l'enfance fracassée et de la rédemption, dans le milieu fermé du cirque. Pour documenter son récit, l'autrice a mené un travail approfondi : « J'ai travaillé à partir de documents, d'archives vidéos de l'INA, de reportages et d'ouvrages, comme ceux du dresseur de fauves, Jim Frey. Et une thèse sur la famille Gruss qui décrit comment se construisent ces grandes dynasties circassiennes. »

La soirée de lancement s'est tenue au cirque Romanès à Paris, où Rose Romanès-Bouglione a accueilli l'ouvrage avec enthousiasme. « Une documentation solide, c'est une ossature pour pouvoir partir librement dans l'écriture », précise Mélissa Da Costa, qui insiste sur l'importance de l'authenticité dans son travail.

Une écriture ancrée dans le réel

L'autrice revendique une approche documentée et réaliste : « Depuis mes débuts, j'essaye toujours, dans chacun de mes livres, d'être dans le très très vrai, d'éviter les stéréotypes. » Elle cite volontiers des auteurs comme Franck Bouysse ou Sandrine Collette pour leur « écriture brute », tout en cherchant à préserver sa singularité.

Ses romans précédents, comme Les Femmes du bout du monde (Nouvelle-Zélande) ou Les Lendemains (Auvergne), témoignent de son attention aux décors : « Ce n'est pas forcément la nature en tant que telle qui m'inspire, mais le décor. Parce qu'il influe sur nos ressentis, sur notre état d'esprit, nos personnalités. »

Personnages complexes et littérature féminine

Mélissa Da Costa aime créer des personnages aux facettes multiples : « J'aime beaucoup ça : aller gratter et ne pas juste créer des personnages aimables, montrer des aspects moins reluisants, des pensées un peu inavouables. » Elle évoque Katherine Pancol comme référence pour sa capacité à « peindre la médiocrité ou la fragilité humaine avec une grande tendresse ».

Concernant la littérature dite « feel good » souvent associée aux autrices, elle observe : « Les autrices féminines tablent plutôt sur les émotions, l'intime. On lit aussi pour ça, s'interroger sur soi à travers des personnages. Et voyez, c'est plébiscité. »

Parcours numérique et indépendance créative

Comme Virginie Grimaldi, Mélissa Da Costa a été repérée sur Internet : « J'avais une image très snob de l'éditeur et aucune envie de me confronter tout de suite à des gens qui n'allaient peut-être jamais ouvrir mon manuscrit ni me répondre. » Elle a déposé le manuscrit de Tout le bleu du ciel sur monbestseller.com, un choix stratégique qui a porté ses fruits.

L'autrice évoque également la nécessité de se détacher du « troisième œil » – ces attentes multiples venant des éditeurs, journalistes et lecteurs : « À un moment, je me suis coupée de tout ça, et j'ai juste écrit ce que j'aurais aimé lire. Oui, il faut savoir s'en détacher parce qu'il y a de quoi devenir fou. »

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Écrire : une continuité de l'enfance

Pour Mélissa Da Costa, l'écriture prolonge la créativité de l'enfance : « Gamine, j'adorais imaginer des mondes, des aventures, écrire. Continuer à écrire, c'est avoir su conserver cette part de créativité que, enfants, nous avons tous. Une fois adulte, les angoisses, les craintes nous happent et cette partie de soi veut s'échanger… Moi je la retiens en moi en écrivant. »

Fauves, son dernier roman publié aux éditions Albin Michel (484 pages, 23,90 €, ebook 15,99 €), marque une nouvelle étape dans son parcours littéraire, affirmant sa place dans le paysage éditorial français au-delà des étiquettes réductrices.