Le 11 mai 1982, le jury du Grand Prix de littérature de la ville de Bordeaux désignait à l'unanimité l'écrivain Michèle Perrein. Elle recevait ce prix le 21 juin suivant au Palais Rohan, des mains du maire Jacques Chaban-Delmas. Nous republions à cette occasion l'article paru à l'époque.
Un attachement viscéral à l'Aquitaine
« J'ai été créée par l'Aquitaine et ce que je suis c'est à elle que je le dois. » On savait Michèle Perrein profondément attachée à son pays natal. Ces propos touchants, tenus en public lors de la remise du prix, en ont apporté la confirmation.
M. Robert Dufourg, président du jury, avait auparavant présenté la lauréate en mettant en lumière son œuvre de journaliste, d'auteur de théâtre et surtout de romancière remarquablement féconde. Dès la publication de son premier roman « La Sensitive » en 1956, elle s'érige souvent en défenseur de la femme. « Elle ne se résigne jamais et rue devant l'autorité », a déclaré le secrétaire général de l'Académie de Bordeaux, dont les préférences vont au « Buveur de Garonne », qui valut à Michèle Perrein le Prix des Libraires en 1974.
Discours et émotion au Palais Rohan
Le maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas, entouré de son épouse et de M. Jacques Valade, premier adjoint, a souligné : « Votre existence est marquée par l'imagination créatrice et le caractère sur lesquels tout repose. Quant aux femmes, elles ont besoin d'être défendues... comme les hommes. » Il a confié : « Alors que j'avais 12 ou 13 ans, j'ai eu la perception très nette que de génération en génération les femmes concédaient aux hommes une illusoire supériorité, mais par un stratagème, c'est finalement elles qui les conduisaient. » Et il a ajouté : « Ne croyez-vous pas que dans vos romans il faudrait conseiller aux femmes de ne pas singer les hommes ? »
Avec simplicité et sincérité, Michèle Perrein, dont la vocation s'est éveillée à 14 ans au collège classique de La Réole et s'est fortifiée à la faculté de droit de Bordeaux, est revenue sur son enfance : « Jamais je ne ramenais le tableau d'honneur à la maison, ce qui désolait ma mère. Car j'étais indisciplinée et je sentais en moi l'écrivain en herbe. »
Une mission pour les femmes
Elle a évoqué ce qu'elle considère comme une mission : « Je mène une bataille pour dire que les femmes ne sont pas par essence des êtres inférieurs. Et l'homme, de son côté, est emprisonné parce que dès la naissance on en a fait un être mythique. » La récipiendaire a conclu par ce cri du cœur : « J'ai été créée par l'Aquitaine et ce que je suis c'est à elle que je le dois. »



