Michèle Audin plonge dans ses origines coloniales algériennes
Un méchoui dans un village de la Mitidja, en Algérie, en février 1960. Cette image, capturée par Léonec Kierzkowski, ouvre le dernier livre de Michèle Audin, Berbessa. Mes ancêtres colons, publié aux Éditions de l'EHESS dans la collection « Apartés ». L'ouvrage, de 160 pages et disponible au prix de 13,80 euros, représente l'aboutissement d'une quête personnelle que l'autrice a menée jusqu'à sa mort en 2025.
Une démarche ancrée dans l'histoire familiale et l'engagement
Michèle Audin, née en 1954, n'en était pas à son premier exercice de mémoire familiale. Mathématicienne aguerrie comme ses parents, Maurice Audin (1932-1957) et Josette Audin (1931-2019), elle a toujours allié son talent de romancière à sa rigueur scientifique. En parallèle de son engagement pour la mémoire de la Commune de Paris et des exclus de l'histoire officielle, elle a consacré plusieurs ouvrages à ses proches.
En 2013, avec Une vie brève (Gallimard), elle rend un hommage poignant à son père, militant anticolonialiste assassiné par l'armée française, qu'elle avait à peine connu. Son objectif était de dépasser la simple tragédie de sa disparition pour préserver sa trace. Puis, en 2018, dans Oublier Clémence (Gallimard), elle évoque avec une densité remarquable sa bisaïeule Clémence Janet (1879-1901), une ouvrière de la soie morte à 21 ans, dont il ne reste que cinq phrases dans les archives légales.
Berbessa : une enclave suisse en terre algérienne
Dans Berbessa. Mes ancêtres colons, achevé peu avant son décès, Michèle Audin tourne son regard vers la Mitidja, dans le nord de l'Algérie. C'est là que s'est installé, au milieu du XIXe siècle, un couple de ses trisaïeuls. Elle se concentre particulièrement sur Berbessa, un hameau associé à sa grand-mère Alphonsine.
Ce village a été créé pour accueillir des immigrants valaisans, formant ainsi une enclave suisse inattendue dans le Sahel algérois. À travers cette enquête, Audin explore les complexités de l'histoire coloniale, les trajectoires individuelles et les silences des récits dominants. Son travail minutieux met en lumière la vie de ces colons, tout en interrogeant les héritages et les mémoires souvent occultées.
Ce livre s'inscrit dans la continuité de son œuvre, où science, littérature et engagement se mêlent pour redonner voix à ceux que l'histoire a tendance à effacer. Il témoigne d'une recherche acharnée de vérité et d'humanité, au-delà des frontières et des époques.



