Mexico Médée : le mythe antique revisité dans le Mexique contemporain
Une boule de feu traverse le ciel nocturne, annonçant l'arrivée d'une figure légendaire dans le paysage moderne. À bord de sa Volkswagen Jetta « ultratunée », elle fait son entrée à Aztlan, la terre mythique des Aztèques. Robe moulante, longues tresses africaines et tatouages de serpent : voici Médée, ressuscitée et relookée pour le XXIe siècle.
Une réinvention littéraire audacieuse
Dans Mexico Médée (Medea me canto un corrido), l'écrivaine mexicaine Dahlia de la Cerda opère un tour de force littéraire. Elle réactualise le mythe de Médée, cette femme qui trahit sa famille par amour pour Jason avant de sombrer dans une folie vengeresse après sa propre trahison. Traduit de l'espagnol par Lise Belperron et publié aux éditions Sous-sol, ce recueil de nouvelles de 168 pages propose une vision résolument moderne de ce personnage tragique.
Médée débarque au Mexique avec une mission : venir en aide aux femmes qui peuplent ces récits. Un soutien plus que nécessaire dans un pays où, comme le soulignait déjà Dahlia de la Cerda dans son précédent recueil Chiennes de garde (Sous-sol, 2024), « le Mexique est un pays qui déteste les femmes ». Cette réalité demeure inchangée au moment où Médée aborde cette contrée, avec son décor familier de crime organisé, de corruption institutionnelle et de violences multiformes.
De la dénonciation des féminicides à l'exploration de la maternité
Si Chiennes de garde éclairait le phénomène des féminicides à travers treize portraits de femmes, Mexico Médée opère un déplacement thématique significatif. À travers six nouvelles habilement tissées ensemble, l'autrice explore désormais la question complexe de la maternité dans un contexte de violence systémique.
Le Mexique décrit par Dahlia de la Cerda reste ce « pays qui moissonne les cadavres », où les violences sociales, institutionnelles et conjugales forment le relief quotidien. Mais c'est précisément dans ce terreau hostile que l'autrice plante les graines d'une réflexion profonde sur ce que signifie être mère aujourd'hui.
La modernité du traitement réside dans cette capacité à transposer un mythe antique dans les réalités contemporaines du Mexique, créant ainsi un dialogue fertile entre la tragédie grecque et les tragédies quotidiennes vécues par les femmes mexicaines.
Une œuvre qui interroge et dérange
À travers la figure de Médée, Dahlia de la Cerda interroge les notions de trahison, de vengeance et de sacrifice maternel. Son personnage, parfaitement intégré à la modernité mexicaine, devient le porte-voix des silenciées, l'incarnation d'une colère légitime face à l'injustice.
Le recueil s'inscrit dans la continuité du travail engagé de l'autrice tout en ouvrant de nouvelles perspectives narratives. La traduction de Lise Belperron restitue avec justesse la puissance de la prose originale, permettant au lectorat francophone d'accéder à cette voix importante de la littérature mexicaine contemporaine.
Disponible en version papier au prix de 21,50 euros et en format numérique à 15 euros, Mexico Médée confirme le talent de Dahlia de la Cerda pour mêler engagement social et innovation littéraire, créant ainsi une œuvre qui résonne bien au-delà des frontières mexicaines.



