Curzio Malaparte : l'écrivain combattant redécouvert dans une Europe en guerre
Malaparte : l'écrivain combattant redécouvert en France

Curzio Malaparte : l'écrivain combattant redécouvert dans une Europe en guerre

L'écrivain italien Curzio Malaparte, photographié avec son chien Febo à Forte dei Marmi en Toscane en 1954, appartient à une génération d'auteurs dont l'œuvre fut profondément marquée par les conflits du XXe siècle. Aux côtés de ses contemporains Gabriele D'Annunzio et Ernst Jünger, Malaparte – né Kurt Erich Suckert d'un père allemand – a puisé son inspiration dans la boue des tranchées de la Première Guerre mondiale et les atrocités de la Seconde.

Une œuvre controversée longtemps reléguée

Plusieurs éléments ont contribué à marginaliser l'œuvre de Malaparte durant des décennies. Son culte de la bravoure, son engagement fasciste initial – bien qu'il ait terminé sa vie en admirateur du président Mao Zedong et de la Chine communiste –, son écriture crue décrivant sans détour les horreurs de la guerre, et son vocabulaire empli de termes aujourd'hui bannis ainsi que de préjugés nationaux ont certainement joué un rôle. Son insistance à considérer l'Europe d'après 1945 comme un continent de vaincus n'a pas non plus favorisé sa réception.

Un regain d'intérêt notable en France

Le retour de la guerre dans l'horizon européen ces dernières années a cependant provoqué un certain renouveau d'attention pour l'auteur de Kaputt (publié chez Denoël en 1946). Ce regain d'intérêt doit beaucoup à la biographie sans concession de Maurizio Serra, Malaparte, vies et légendes (Grasset, 2011), qui a offert un portrait nuancé de cette figure complexe.

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Plus récemment, la publication d'un volume « Quarto » intitulé Exils, rassemblant des textes connus et méconnus de Malaparte, a contribué à cette redécouverte. Jusqu'alors, l'écrivain était surtout célèbre pour sa villa moderniste de Capri, construite à flanc de coteau en 1938 et devenue décor du film Le Mépris de Jean-Luc Godard en 1963.

Quatre clés pour comprendre les « romans vrais »

Les nouvelles publications offrent quatre clés essentielles pour rouvrir les « romans vrais » de Malaparte, des œuvres aussi sublimes que dérangeantes qui continuent de questionner notre rapport à la violence, à l'idéologie et à l'histoire européenne. Son écriture, à la fois lyrique et brutale, conserve une puissance évocatrice rare, capable de saisir l'absurdité et la cruauté des conflits modernes.

Cette redécouverte intervient à un moment où les questions qu'il posait sur la nature de la guerre, les limites de l'engagement politique et le destin de l'Europe retrouvent une actualité troublante. Les lecteurs français découvrent ainsi un auteur dont la complexité morale et stylistique dépasse les simplifications idéologiques pour atteindre une forme de vérité littéraire aussi nécessaire qu'inconfortable.

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