Plus qu'un conteur, Mahi Binebine se fait danseur, voire acrobate, sur le fil des histoires réunies dans son délicieux recueil Nokta. Entre deux romans, l'écrivain et plasticien marocain (la couverture est évidemment de lui) vous ferait avaler n'importe quelle situation : et même du foin, comme dans cette nouvelle où un élève en ingère afin d'apprendre ses leçons !
Une inspiration familiale
Il puise ici dans sa biographie familiale, matrice de son œuvre romanesque (Le Fou du roi, Stock, 2017), avec le personnage du père qui convainc le roi Hassan II de recevoir son prof sans bousculer la partie de golf de sa majesté : « Le pouvoir même pressé ne bâcle jamais son swing. » Et jamais le style de Binebine n'est aussi vivant et vibrant que quand il décrit l'amitié, la vraie, comme celle qui le lie à ce cœur d'artichaut et mauvais père de Michael.
Autodérision et complicité
Sa ville aimée lui offre tant d'histoires. Les paysages marocains, comme la vallée de l'Ourika, l'en abreuvent. Même les animaux jouent les muses, tel ce pauvre âne frustré qui ouvre le recueil. On y passe d'un monde à un autre en se sentant toujours à l'aise, en complicité souriante avec l'auteur, qui manie merveilleusement l'autodérision : il faut le voir, jeune étudiant, débarquer à la fac avec des chaussures à talons faites mains pour compenser sa petite taille. Et ailleurs se peignant en plasticien n'en finissant pas d'« émerger ».
La vie littéraire en fable
La vie littéraire occupe une belle place dans ce livre avec une histoire de plagiat narrée comme une fable, qui fait éclater de rire, c'est si rare… Binebine les accumule : mais pourquoi avoir refusé de partager un prix remporté par Amélie Nothomb, qui le lui proposait ! Erreur de jeunesse… Le suc de la nouvelle, c'est bien connu, en est la chute, et là, on est franchement gâtés.
Nokta. Traité du foin savant et autres… de Mahi Binebine (Orient Éditions, 112 p., 12,50 €).



