Léonor de Récondo explore l'exil familial dans un roman poétique
L'écrivaine et musicienne franco-espagnole Léonor de Récondo plonge dans l'histoire douloureuse de sa famille avec son dernier roman « Marcher dans tes pas ». À travers le personnage d'Enriqueta, sa grand-mère, elle raconte la fuite précipitée d'Irún à Hendaye lors de la guerre civile espagnole, un condensé de poésie qui interroge l'importance des racines et de la mémoire familiale.
Une écriture musicale et charnelle
Léonor de Récondo, également violoniste de talent, déploie une écriture douce et poétique, marquée par des fulgurances incroyables et des digressions lumineuses. Elle joue les deux partitions - littéraire et musicale - avec la même sensibilité charnelle et magique. Son roman est composé comme une sonate, avec un allegro initial qui se déroule dans la maison familiale d'Irún, un certain 18 août 1936.
Ce jour-là, autour du gâteau de riz d'anniversaire d'un petit garçon, les rires ne parviennent pas à étouffer le vrombissement menaçant des avions Junkers. La guerre civile frappe soudainement à la porte, forçant la famille à mettre la joie en sourdine pour traverser la Bidasoa, cette rivière frontalière qui sépare l'Espagne de la France.
L'exil et ses conséquences durables
La distance de l'exil est à peine de 150 mètres au bout du pont international de Santiago, mais elle représente un abîme infranchissable. Enriqueta, la grand-mère de l'autrice, a camouflé dans son corsage, près du sein qui a nourri trois fils, tous ses bijoux familiaux. L'accueil au Pays basque français est attentionné, mais le patriarche, le père d'Enriqueta, reste brisé, ne quittant plus la fenêtre qui regarde vers l'Espagne perdue.
Léonor de Récondo s'insinue avec délicatesse dans les corps et les pensées douloureuses de ses personnages, posant des mots et des éclats de poésie comme de petits motets. Elle évoque Hendaye et le commerce cynique des loueurs de télescopes qui, juchés sur les hauteurs, proposaient pour trois sous de regarder flamber l'Espagne. Puis la fuite continue vers une métairie dans les Landes en 1939, dans un après-guerre qui ne cesse de réfléchir l'avant.
Des racines linguistiques inaltérables
Le père de l'autrice, Félix de Récondo - évoqué avec beauté dans « Manifesto » (2019) - parlera toujours exclusivement basque avec sa mère Enriqueta qu'il surnomme tendrement Amatxo. « Ils abandonnent tout sauf la langue », note l'écrivaine, soulignant cette fidélité linguistique qui traverse les générations. Félix de Récondo, sculpteur installé au Mas-d'Agenais en Lot-et-Garonne, a transmis à sa fille cet héritage silencieux et ces racines basques espagnoles qu'il considérait comme inaltérables.
Une quête de réparation identitaire
Léonor de Récondo a voulu faire « réparation » pour ses anciens. En 2022, elle entame les démarches prévues par la loi « des petits enfants », la Ley de Memoria Democrática, pour obtenir la nationalité espagnole. Le processus révèle un certain cynisme administratif, les autorités exigeant des preuves de cet exil forcé. « Quelles preuves ? », s'interroge-t-elle, avant d'ajouter : « Mes fantômes une meute / M'attendent sur le rivage. » Après ce parcours administratif et mémoriel, Léonor de Récondo est officiellement devenue franco-espagnole en 2024.
À travers ce roman publié aux éditions L'Iconoclaste (256 pages, 20,90 €), l'autrice offre bien plus qu'un simple récit familial. Elle compose une méditation profonde sur l'exil, la transmission et la persistance des racines culturelles au-delà des frontières et des générations. Une œuvre qui résonne particulièrement dans notre époque marquée par les questions identitaires et mémorielles.



