L'Olympia de Paris : 130 ans d'histoire et de légende musicale
L'Olympia de Paris : 130 ans de légende musicale

L'Olympia de Paris : une histoire légendaire depuis 1893

L'Olympia de Paris, temple du spectacle vivant, a officiellement vu le jour en 1893, mais c'est véritablement le 5 février 1954 que Bruno Coquatrix lui a insufflé une nouvelle vie, transformant cette salle en un lieu mythique que tous les artistes rêvent de fouler. La genèse de cette institution remonte à 1888, lorsque Joseph Oller, entrepreneur espagnol et fondateur du Moulin-Rouge, installe des montagnes russes en bois au 28 boulevard des Capucines.

Les débuts mouvementés d'une salle de spectacle

Un an après le tragique incendie du Bazar de la Charité, le préfet de police Henri Lozé ordonne la fermeture de l'attraction par crainte du feu. Oller décide alors de démolir ses montagnes russes et d'ériger à la place une salle de spectacle de deux mille places : l'Olympia est né. L'inauguration a lieu le 11 avril 1893 avec un programme prestigieux mettant en vedette la danseuse de cancan La Goulue, l'Américaine Loïe Fuller et le transformiste Fregoli.

Durant ses premières décennies, l'Olympia accueille acrobates, contorsionnistes et revues de music-hall jusqu'à la Première Guerre mondiale. Les stars de l'époque comme Mistinguett et Yvonne Printemps s'y produisent régulièrement. Après sa fermeture en 1914 et sa réouverture en 1918 sous la direction de Paul Franck, la salle se spécialise progressivement dans la chanson, présentant des artistes tels que Fragson, Fréhel, Damia, Marie Dubas et Lucienne Boyer.

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La transformation en cinéma et la renaissance

Avec le déclin des tours de chant, l'Olympia se convertit en salle de cinéma en 1929, devenant le « Théâtre Jacques-Haïk ». Elle reste dédiée au septième art jusqu'en 1954, survivant aux années difficiles de la Seconde Guerre mondiale où elle est successivement occupée par l'armée allemande puis américaine.

Le véritable tournant arrive au début des années 1950 lorsque Jacques Haïk reconstruit entièrement l'intérieur et le hall de l'ancien music-hall. En 1954, la Sato finance une sonorisation moderne et engage Bruno Coquatrix comme directeur. Le 5 février 1954, ce dernier rend définitivement la salle à la musique et au spectacle.

L'âge d'or de la chanson française

L'inauguration de cette nouvelle ère présente Lucienne Delyle accompagnée d'Aimé Barelli, et un jeune artiste nommé Gilbert Bécaud fait ses débuts survoltés. Le succès est immédiat et marque le début d'une période faste où tous les grands noms de la chanson française se produisent sur cette scène devenue légendaire.

Joséphine Baker, Charles Trenet, Édith Piaf, Léo Ferré, Juliette Gréco, Georges Brassens, Dalida, Jacques Brel, Barbara, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Michèle Torr, Michel Sardou, Sheila et Annie Cordy font partie des artistes qui ont contribué à écrire l'histoire de l'Olympia. Dès ses débuts, la salle accueille également les plus grands artistes anglo-saxons : Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sidney Bechet, et dans les années 1960, les Beatles et les Rolling Stones.

Les sauvetages et les moments historiques

En 1961, l'Olympia frôle la faillite. Bruno Coquatrix fait alors appel à Édith Piaf, très malade, qui tient trois mois avec deux représentations par soir. Jacques Tati la supplée en présentant « Jour de fête », mêlant cinéma, acrobaties et sketches. Grâce à ces deux artistes, l'Olympia est sauvé.

Johnny Hallyday devient le premier artiste de sa génération à « faire l'Olympia », provoquant un tel enthousiasme qu'il faut commander de nouveaux sièges. En 1964, Jacques Brel y interprète pour la première fois « Amsterdam » et y fait ses adieux officiels à la scène en octobre 1966 lors d'une soirée mémorable retransmise en direct à la télévision.

La diversification artistique

L'Olympia s'ouvre progressivement au rock, aux musiques traditionnelles, au cirque, à la danse, au cinéma, à l'opérette et à la musique classique. Le 28 février 1972 marque un tournant pour la musique bretonne avec le concert d'Alan Stivell retransmis en direct sur Europe 1, dont l'album live se vend à plus d'1,5 million d'exemplaires.

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La salle accueille également l'humour avec les triomphes de Coluche en 1975 et de Raymond Devos en 1994 et 1999. György Cziffra y donne des récitals mémorables en octobre 1969, interprétant des œuvres de Couperin, Rameau, Mozart, Ravel, Chopin et Liszt.

Le nouvel Olympia et l'ère contemporaine

À la mort de Bruno Coquatrix en 1979, sa femme Paulette et sa fille Patricia héritent de la salle. Devenu vétuste, l'Olympia est classé monument historique en 1993 par Jack Lang. Après sa dernière représentation le 14 avril 1997, l'immeuble est détruit et la salle reconstruite à l'identique en sept mois, derrière la façade d'origine préservée.

Le « nouvel Olympia » ouvre ses portes le 13 novembre 1997 avec Gilbert Bécaud, bouclant ainsi la boucle initiée en 1954. En août 2001, Vivendi Universal rachète le fonds de commerce, tandis que les murs appartiennent à la Société foncière lyonnaise depuis 1999.

En 2023, la salle fête ses 130 ans. L'année suivante, elle devient la propriété du groupe Canal+, avec Audrey Brugère nommée Directrice Générale en mai 2024. Michel Sardou détient le record de durée à l'affiche avec 113 représentations sur six mois en 1995, battant ainsi tous les records précédents.

L'Olympia de Paris reste aujourd'hui un symbole incontournable de la culture française, ayant accueilli les plus grands artistes nationaux et internationaux tout au long de son histoire riche et mouvementée.