Le voyage breton de Jack Kerouac revisité par Pierre Adrian
Pierre Adrian, écrivain et ancien pensionnaire de la Villa Medicis à Rome, se lance dans une quête littéraire en retraçant l'itinéraire bref et intense de Jack Kerouac en 1965. Dans son nouvel ouvrage, Le Rêve inachevé de Jack Kerouac, il explore le pèlerinage sensible de l'icône de la Beat Generation vers la terre de ses ancêtres bretons, un voyage qui s'est déroulé à peine deux ans avant sa mort.
Un retour aux sources teinté de mystère
Jean-Louis Lebris de Kerouac, né de parents canadiens aux racines bretonnes, a effectué un bref séjour à Brest en 1965, dans l'ultime chapitre de sa vie tumultueuse. Pierre Adrian, ayant déjà marché dans les pas d'écrivains comme Pier Paolo Pasolini et Cesare Pavese, suit cette fois la route du Ponant, guidé par le fil d'Ariane du chemin familial de Ti Jean. Ce périple, marqué par des débuts difficiles avec un avion manqué à Orly et un trajet en train vers Brest, révèle une quête d'identité où l'exaltation se mêle à la mélancolie.
Kerouac, auteur du livre culte Sur la route, a passé seulement deux jours dans cette région de l'extrême occident européen, une ville alors marquée par les stigmates de la Seconde Guerre mondiale. Brest, anéantie par les bombardements alliés et devenue un symbole de la reconstruction, offrait un paysage urbain tracé au cordeau, loin du pittoresque traditionnel. Là, Kerouac a fréquenté les bistrots, bu abondamment, échangé avec les habitants, alternant entre des moments de joie intense et de profonde tristesse, des sensations qu'il a ensuite décrites dans Satori à Paris en 1966.
Une enquête photographique et littéraire
Avec le photographe Yann Stofer, dont les clichés publiés soulignent le fétichisme de cette entreprise, Pierre Adrian tente d'élucider l'au-delà originel de Kerouac, là même où l'écrivain a échoué dans sa quête. Le livre, publié aux éditions Actes Sud, s'étend sur 128 pages et est disponible en format papier à 17,90 € et en ebook à 12,99 €. Il se présente comme un road movie à la beauté magnétique, revendiquant un perpétuel inachèvement qui reflète la nature insaisissable du voyage de Kerouac.
Depuis 1965, Brest a été modernisée et standardisée, avec des ajouts comme un téléphérique dernier cri facilitant les déplacements, mais l'esprit du pèlerinage de Kerouac demeure. Pierre Adrian, en mêlant récit personnel et investigation historique, offre une perspective nouvelle sur ce bref épisode, mettant en lumière comment la quête des origines peut se heurter à un mystère persistant, entre Rome où il réside et Lowell, Massachusetts, où Kerouac est né.



