Le Palace de Paris renaîtra en 2026 : retour sur l'âge d'or du club mythique
Le Palace de Paris renaîtra en 2026 : retour sur l'âge d'or

Le Palace de Paris renaîtra en 2026 : retour sur l'âge d'or du club mythique

Le 1er mars 1978, plus de 5 000 personnes se pressent à l'entrée du 8 rue du Faubourg-Montmartre, dans le 9e arrondissement de Paris. Sur scène, la chanteuse jamaïcaine Grace Jones interprète une version de La Vie en rose, juchée sur une Harley Davidson rose. Entourés de fumigènes et de lumières, les serveurs habillés par Thierry Mugler défilent. Le Palace vient d'ouvrir ses portes et deviendra rapidement l'un des clubs les plus mythiques de la vie nocturne parisienne.

Quarante-huit ans plus tard, une renaissance annoncée

Mickael Chétrit, actuel propriétaire du Métropole et du Palais des Glaces, a racheté le lieu et compte le rouvrir en octobre 2026. Ce projet ambitieux vise à redonner vie à un espace chargé d'histoire, sans prétendre reproduire à l'identique l'ambiance unique des années 1970-1980.

Le Studio 54 à la française : genèse d'un mythe

Le bâtiment a d'abord été une salle de cinéma inaugurée en 1912, puis un music-hall à partir de 1921. Transformé à nouveau en cinéma fin 1944, il ferme en 1969. En 1977, Fabrice Emaer, propriétaire de clubs comme Le Pimm's Bar et le Sept, rachète le bâtiment délabré dans une rue alors malfamée. Il souhaite créer un club unique, inspiré du Studio 54 de New York.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Grand balcon devenu signature, trois lasers, une boule de néons descendant sur la piste, des fumigènes, des sculptures surgissant du grand rideau… « Personne n'arrivait à comprendre comment de tels décors pouvaient tenir dans les coulisses », notait Didier Lestrade dans Têtu en mars 1999.

Un brassage social révolutionnaire

Les physionomistes Edwige Belmore, Paquita Paquin et Jenny Bel'Air filtraient à l'entrée selon des critères de style, d'attitude et d'esprit de fête, non selon l'argent. Des couturiers illustres comme Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent, Kenzo ou Thierry Mugler dansaient avec des punks, tandis que les bourgeois partageaient le dance floor avec les voyous de banlieue.

Paloma Picasso y organisa sa soirée de mariage, Prince y donna son premier concert parisien le 3 juin 1981, et tant d'autres événements majeurs s'y déroulèrent. En 1979, Amanda Lear institutionnalisait le lieu dans sa chanson Fashion Pack : « In Paris, you got to be seen at Maxim's, The Palace, The 7 and then go Chez Regine. »

L'ombre du sida et la fin d'une époque

Puis vint le sida, une période terrible pour Le Palace. Jenny Bel'Air se souvient : « Ce fut, pour moi, une horreur virale. Chaque semaine, certains individus qui amenaient la joie, l'esprit Palace, leur tendresse, leur beauté d'ailleurs, leur fougue festive manquaient à l'appel. » Entre le début des années 1980 et 1996, entre 33 000 et 35 500 personnes sont décédées du sida en France selon Santé publique France.

Fabrice Emaer meurt des suites d'un cancer le 10 juin 1983. Le Palace survit quelques années, mais son ambiance mythique disparaît rapidement après sa mort. Le lieu ferme en 1996 avant de devenir une salle de spectacle.

Souvenirs d'une époque révolue

Jenny Bel'Air garde un souvenir vif de cette époque : « Vous pouvez tomber sur un nanti, un voyou de banlieue, des gays, des employés… Des gens qui n'avaient rien à voir socialement étaient en train de partager la coupe ensemble. C'était du jamais-vu, et cela ne se reverra jamais. »

Sur la réouverture, elle est directe : « La nuit a été gangrenée par la politique et chaque personne maintenant veut être dans son clan, avec ses amis et ne pourra pas supporter d'être mélangée. » Sa conclusion est nuancée : « C'était mieux avant ? Oui. Ce serait mieux maintenant ? Oui. Ce serait différent ? Oui, pour une nouvelle génération qui n'a pas connu le Palace. Mais avoir l'esprit Palace de l'époque ? Non, impossible. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un nouveau chapitre à écrire

L'architecte d'intérieur Jacques Garcia, chargé de décorer les nouveaux lieux, garde un souvenir de liberté absolue : « Nous n'avions aucune contrainte. C'était une époque où il n'y avait pas le sida, pas la maladie, moins de lois, donc plus de liberté. » Il ajoute : « L'air du temps est déjà dépassé, donc il faut fatalement inventer un nouvel air. Le blanc, le beige, le gris, c'est très bien, mais c'est fini. Passons à autre chose. »

Les ambitions du nouveau propriétaire

Le projet de Mickael Chétrit n'a pas la prétention de reproduire ce que fut Le Palace. La salle principale sera transformée en salle de concert avec des fauteuils escamotables, permettant d'accueillir spectacles vivants, concerts et comédies musicales. Capacité prévue : environ 1 000 places assises, 1 300 à 1 400 en configuration debout.

« La salle sera complètement évolutive, comme au Casino de Paris. Le projet prévoit effectivement de conserver la magie du Palace et de rouvrir potentiellement la partie club, comme à l'époque, mais nous devons d'abord trouver le bon partenaire », explique Mickael Chétrit.

La programmation sera éclectique avec des artistes internationaux et français, mais aussi des découvertes. « Nous n'allons pas devenir une salle où l'on retrouve les mêmes artistes que partout ailleurs. Nous avons envie de faire découvrir aussi des talents », dit-il, conscient du poids de ce qu'il a acheté.

« Il y a un côté sacré à la marque Palace. À la suite de cette annonce, énormément de personnes m'ont contacté, générant une véritable effervescence autour de ce projet, ce qui me confère une certaine responsabilité. » Il conclut : « On ne pourra jamais recréer exactement cette ambiance. Mais je reste persuadé que cela peut redevenir un lieu de culture et un lieu de fête. »