Le cornique, une langue celtique déclarée éteinte, connaît une renaissance inattendue
Le cornique, langue éteinte, renaît grâce à une mobilisation historique

Le cornique, une langue celtique déclarée éteinte, connaît une renaissance inattendue

On l'appelait Dolly Pentreath. À sa mort, en 1777, cette marchande de poisson est présentée comme la dernière locutrice monolingue du cornique, une langue celtique pratiquée en Cornouailles, dans l'extrême sud-ouest de l'Angleterre. Un neveu de Napoléon Ier, Louis-Lucien Bonaparte, par ailleurs linguiste, viendra lui-même déposer une épitaphe sur sa tombe en 1860. Et pourtant... En 2026, cette langue officiellement déclarée "éteinte" gagne de nouveau des locuteurs.

Une légende à nuancer

Les recherches les plus récentes ont conduit à nuancer à la marge la légende de la "dernière locutrice". "Il est certain que le cornique a perdu son statut de langue d'usage quotidien de la population vers la fin du XVIIIe siècle. En revanche, il est probable que des personnes ont continué à le parler à côté de l'anglais au XIXe siècle, notamment des pêcheurs", indique Morwenna Jenkin, qui l'a elle-même appris à l'adolescence.

Le constat principal, cependant, demeure. Le cornique, qui avait connu un pic de 39 000 locuteurs au XIIIe siècle, a lentement reculé face à la pression de l'anglais, imposé comme langue de l'Église au XVIe siècle, puis comme langue de l'éducation au XIXe siècle. Au point, donc, d'être déclaré "langue éteinte" par l'Unesco dans son Atlas des langues en danger dans le monde.

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Une nouvelle jeunesse surprenante

Il est tout aussi incontestable qu'il connaît depuis quelque temps une nouvelle jeunesse. Environ 6 000 écoliers l'étudient désormais à l'école. Chaque année, quelque 200 adultes s'inscrivent pour suivre des cours. Des livres et des revues sont désormais publiés régulièrement dans cette langue proche du breton et du gallois. Plus important encore : une poignée de familles la transmettent de nouveau à leurs enfants, lesquels ont donc le cornique pour langue maternelle !

Pour autant, il faut raison garder. Selon les estimations, seules 500 à 5 000 personnes seraient capables de le parler – sur une population de 530 000 habitants, c'est très peu. Par ailleurs, "il n'existe pas de définition universelle de ce qu'est une langue 'éteinte', comme le souligne le linguiste James Costa, spécialiste de ce sujet. Il demeure que le regain auquel on assiste, aussi modeste soit-il, reste exceptionnel dans la mesure où les exemples de ce type sont rarissimes. James Costa cite le mannois à l'Île de Man, le palawa kani en Tasmanie, le taino dans les Caraïbes et bien sûr l'hébreu, même si, précise-t-il, "on s'approche dans tous ces cas de processus de (ré)invention linguistique".

Les origines d'un mouvement de revitalisation

Reste à expliquer une performance aussi surprenante, a fortiori dans un pays aussi "moderne" que le Royaume-Uni. Et sur ce point, tous les experts sont d'accord. Ce mouvement de revitalisation a commencé en 1904 grâce à Henry Jenner. Cet érudit, spécialiste des langues celtiques, publie cette année-là The handbook of the cornique langage, un ouvrage proposant une grammaire et une histoire du cornique. Bientôt s'agrègent autour de lui d'autres intellectuels, des bardes et des jeunes désireux de faire bouger les choses – dont le père de Morwenna Jenkin.

Peu à peu, des mouvements militants se mettent en place, et rendent de nouveau la langue "désirable" auprès d'une population qui, ce n'est pas un détail, s'est toujours sentie différente des Anglais. À partir des années 1970, une poignée de locuteurs se rassemblent dans des pubs pour parler et, surtout, décident de transmettre la langue à leurs enfants.

Un soutien politique croissant

Les politiques finissent par suivre. Au niveau local, un élu et un fonctionnaire sont aujourd'hui chargés spécifiquement du sujet au sein du conseil de Cornouailles. Comme un symbole, les cinq députés de la région ont même prêté serment en cornique à la chambre des communes de Londres – où l'anglais n'est pas obligatoire. Sensible à cette pression grandissante, le gouvernement britannique vient de classer le cornique comme une langue relevant de la partie III de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires – la plus contraignante. À la clé : une présence renforcée dans l'enseignement, les administrations locales et les médias...

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L'avenir n'est jamais écrit, mais, en 2026, il est permis d'espérer ne plus jamais voir le cornique classé parmi les langues éteintes. Cette renaissance, aussi fragile soit-elle, témoigne de la résilience des identités linguistiques et de la puissance des mobilisations collectives pour préserver un patrimoine culturel unique.