Le Clézio reçoit le prix Cino Del Duca et évoque son refus de l'habit vert
Le Clézio, prix Cino Del Duca, refuse l'habit vert de l'Académie

Le prix Nobel de littérature 2008 honoré par une nouvelle distinction prestigieuse

Jean-Marie Gustave Le Clézio, lauréat du prix Nobel de littérature en 2008, vient d'être distingué par une autre récompense majeure : le prix mondial Cino Del Duca. Cette distinction, créée en 1969, honore chaque année un écrivain francophone dont l'œuvre défend des valeurs humanistes. Le prix est accompagné d'une dotation substantielle de 200 000 euros.

Une cérémonie sous la Coupole de l'Institut de France

L'annonce officielle a été faite ce mercredi 22 avril, après que le jury composé de quatorze membres de l'Institut de France, placé sous l'autorité du secrétaire perpétuel de l'Académie française Amin Maalouf, a proposé son nom à la fondation. La remise du prix aura lieu le 17 juin prochain sous la célèbre Coupole du quai de Conti, siège de l'Institut de France.

Le refus persistant de l'habit vert des Immortels

Le lieu de la cérémonie ravive inévitablement une question récurrente : l'écrivain rejoindra-t-il un jour la compagnie des Immortels ? Interrogé sur ce point, Le Clézio adopte une position évasive. « Je ne suis pas candidat pour le moment », déclare-t-il avec une certaine lassitude. Lorsqu'on insiste, évoquant l'habit vert traditionnel, il esquive à nouveau.

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Il faut mentionner les courriers insistants d'Hélène Carrère d'Encausse, qui l'encourageait à postuler, pour qu'il révèle enfin la raison de son refus. « Je ne suis pas fan du costume », finit-il par avouer. L'auteur envisagerait plutôt de rejoindre l'Académie royale de Belgique, où les tenues sont moins formelles. « À Bruxelles, ils sont moins regardants sur la tenue. Je pourrais y aller habillé comme aujourd'hui », glisse-t-il avec humour, montrant ses baskets blanches.

Un roman récent et des projets en cours

L'écrivain a publié en janvier chez Gallimard, son éditeur historique, Trois Mexique. Ce roman explore les vies de trois figures marquantes de l'Amérique latine :

  • La poétesse Juana Inés de la Cruz (1651-1695), nonne ayant vécu une histoire d'amour avec la vice-reine du Mexique
  • L'écrivain-photographe Juan Rulfo (1917-1986), pionnier du réalisme magique
  • L'historien Luis González y González (1925-2003), théoricien de la microhistoire

Actuellement, Le Clézio achève l'écriture de son prochain roman, qui se penche sur l'enfance de sa mère à la veille de la Première Guerre mondiale, dans le village d'Ermenonville.

L'inquiétude face au retour de la guerre en Europe

Né en 1940, l'écrivain exprime sa préoccupation face aux conflits contemporains. « J'ai le souvenir des bombardements de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Je me rappelle nettement avoir vu, enfant, des balles traçantes strier l'air autour de la maison de mes parents. Contempler aujourd'hui, à la télévision, les paysages de désolation des conflits qui ravagent le monde me rend triste », confie-t-il avec émotion.

Une passion méconnue pour la bande dessinée

Le Clézio partage son temps entre Paris, Nice et Albuquerque au Nouveau-Mexique. Il se dit particulièrement touché par le prix Cino Del Duca, en raison de son admiration pour Cino Del Duca lui-même, qui a contribué à la reconnaissance de la bande dessinée comme art littéraire. « J'aurais aimé être auteur de BD et continue d'ailleurs d'en lire beaucoup », révèle-t-il.

Parmi ses œuvres préférées, il cite Blek le roc, Guy l'Éclair et, plus surprenant, le manga Sailor Moon de Naoko Takeuchi. Il avoue avoir tenté, dans sa jeunesse, de créer un héros nommé le professeur Brook, mais ses talents de dessinateur n'étaient pas suffisants pour mener ce projet à terme.

Position sur l'affaire Grasset et attachement à ses racines

L'écrivain, qui vient de fêter ses 86 ans, évite de commenter le parcours de Boualem Sansal, récipiendaire du même prix l'an dernier, se contentant d'exprimer son admiration pour son œuvre littéraire. En revanche, il se montre plus disert sur l'affaire Grasset, affirmant soutenir « sans réserve les auteurs et éditeurs qui ont exprimé, dans une pétition, leur attachement à l'indépendance de cette maison d'édition ».

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Il évoque avec humour ses origines bretonnes, mauriciennes et anglaises, soulignant son attachement à la créolité de ses racines. « Je connais beaucoup de Bolloré qui sont paysans en Bretagne », glisse-t-il en souriant, faisant référence au propriétaire du groupe Hachette. « Mon père fumait des cigarettes qu'il roulait dans du papier Job fabriqué par le groupe fondé par la famille Bolloré », conclut-il avec une pointe de nostalgie.