Laurence Kiberlain dévoile son parcours de rééducation dans un récit littéraire poignant
La douleur s'est installée progressivement, envahissant son corps pendant trois longues années. Des fourmillements inquiétants, une sensation d'étau autour du thorax, puis les membres qui commencent à désobéir... Laurence Kiberlain a longtemps gardé pour elle ces symptômes alarmants avant de se confier à ses proches, qui l'ont immédiatement orientée vers un neurologue. Ainsi commence son histoire, marquée par l'angoisse du diagnostic et l'appréhension face à l'inconnu médical.
Un diagnostic complexe et une intervention risquée
Le verdict tombe : ce n'est pas une sclérose en plaques, mais un kyste volumineux s'est développé dans sa moelle épinière, au sommet de la colonne vertébrale. La solution ? Une opération délicate pour retirer cette excroissance, avec le risque réel de paralysie définitive. L'incertitude plane quant à la nature bénigne ou maligne de cette formation. Le lecteur pourrait s'attendre à un récit conventionnel de combat contre la maladie, mais Laurence Kiberlain rejette précisément ce concept.
"On ne fait qu'attendre et suivre ce que disent les médecins, médecins que l'on vénère !", précise-t-elle lors d'un entretien dans un café parisien de la rive gauche. Son approche évite soigneusement les clichés du témoignage médical, préférant une exploration littéraire profonde de son expérience.
L'écriture comme thérapie et révélation
Pourquoi se lancer dans l'écriture lorsqu'on n'est pas écrivain de profession ? Laurence Kiberlain explique avoir commencé à coucher des mots sur papier pour transcender de vieilles douleurs. "Je débutais en écrivant : 'J'ai eu une absence, parce que j'ai eu deux enfants dont un qui est mort, mon petit garçon.' Puis je continuais avec ce que je pense être mon absence de beauté, d'intelligence..."
Progressivement, le récit de son opération est devenu la colonne vertébrale du texte, chaque rendez-vous médical convoquant des souvenirs enfouis depuis des années. "Je me suis confrontée à la haine de mon corps, à des souvenirs douloureux et joyeux..." C'est toute une vie qui se dévoile au lecteur, par touches réalistes et émouvantes.
Les paradis perdus et les traumatismes enfouis
Alitée, Laurence Kiberlain se remémore avec une intensité particulière son enfance merveilleuse à Saint-Mandé, partagée avec sa sœur Sandrine. Ce chapitre déchirant révèle un paradis à jamais perdu, qu'elle préfère pourtant qualifier de "paradis gagné". "Très tôt, j'ai su que je ne pourrais pas reproduire ces instants. Mais ce bonheur m'a aidée, notamment pendant mes longues journées hospitalisée."
Le récit aborde aussi la relation complexe avec son père adoré, disparu il y a vingt-cinq ans d'un cancer. Ces pages provoquent une interrogation existentielle sur l'attachement parental et la difficulté du deuil. "Je rêvais que ma fille ait une vie en dehors de moi, ne me confie pas tout car, moi, j'avais besoin de leur détailler le moindre roulage de pelles", avoue-t-elle avec un sourire teinté de mélancolie.
Le drame de la prématurité et les expériences médicales controversées
Un épisode particulièrement poignant du livre survient page 95, relaté avec une sobriété remarquable. Laurence Kiberlain révèle que ses jumeaux, nés très prématurés à seulement 760 grammes, ont été accouchés par Roger, le frère de son oncle, un gynécologue obstétricien réputé. "Lorsque je vais sortir de l'hôpital six mois plus tard, mon petit garçon sera mort à dix jours et on apprendra bientôt que ma fille est handicapée moteur."
Ce récit lucide et sans pathos dévoile progressivement une réalité troublante : ce médecin, présenté comme un sauveur dans son premier livre Moyenne publié en 2013, aurait mené des expériences médicales dangereuses en utilisant sa patiente comme cobaye. "Je ne lui en ai pas voulu pendant longtemps, il était le sauveur de ma fille", justifie-t-elle, avant d'ajouter avec une colère contenue : "J'espère qu'il me lira. À cause de lui, ma fille ne mène pas une vie simple."
Une œuvre littéraire aux multiples dimensions
À travers ce récit, Laurence Kiberlain aborde avec une légèreté surprenante des thèmes universels et profonds :
- La mort et la maladie
- L'amour et la trahison
- La douleur physique et psychologique
- La transmission et le handicap
- La maternité et la haine de soi
- L'acceptation et la religion
- Le vieillissement et la résilience
Les phrases se déploient avec un rythme rapide et précis, tenant le lecteur en haleine tout en évitant toute lourdeur. "J'ai écrit pour partager, et si cela peut aider, tant mieux", confie celle qui n'a pas retrouvé la mobilité d'antan mais continue à marcher et à se tenir debout malgré des douleurs constantes.
Comme sa rééducation, Laurence Kiberlain envisage de poursuivre son œuvre littéraire, offrant au public un témoignage rare qui transcende le simple récit médical pour devenir une exploration intime de la condition humaine.



