La réalité économique des auteurs contemporains mise à nu
Dans un témoignage poignant, l'écrivain Philippe Jaenada, lauréat du prix Femina en 2017 pour son ouvrage monumental "La Serpe", dévoile les difficultés financières persistantes qui touchent le milieu littéraire français. Son constat est sans appel : même un livre dont on entend parler partout ne permet plus de vivre convenablement.
Un parcours semé d'embûches
Philippe Jaenada, qui a reçu le prix de Flore pour son premier roman "Le Chameau sauvage" en 1997, revient sur son propre parcours professionnel. « Il est à peu près certain que c'est "plus dur qu'avant" oui », confie-t-il, évoquant les galères des débuts où ses livres se vendaient bien moins qu'aujourd'hui.
L'auteur reconnaît cependant que sa situation actuelle est relativement stable, notamment grâce au succès de "La Serpe", une enquête monumentale sur le triple meurtre du château d'Escoire imputé à Georges Arnaud. Mais cette stabilité reste fragile et exceptionnelle dans un paysage littéraire où beaucoup d'auteurs peinent à joindre les deux bouts.
La précarité généralisée des hommes et femmes de lettres
Comme le héros du film "À pied d'œuvre" de Valérie Donzelli, de nombreux écrivains contemporains doivent faire face à des réalités économiques difficiles. Jaenada souligne que la profession a radicalement changé : « Dans l'absolu, je veux dire – parce que pour moi par exemple, c'était plus dur avant, puisqu'avant (il y a quinze ans disons), mes livres se vendaient bien moins qu'aujourd'hui ».
Pourtant, malgré cette progression personnelle, l'écrivain insiste sur la dégradation générale des conditions de vie des auteurs. Son témoignage s'inscrit dans une série d'entretiens où des hommes et femmes de lettres acceptent de parler ouvertement de leurs revenus, brisant ainsi un tabou persistant dans le milieu culturel.
Un succès qui ne garantit pas la sécurité financière
Le cas de Philippe Jaenada est particulièrement révélateur. Même avec un prix prestigieux comme le Femina et un livre qui a marqué la scène littéraire française, la sécurité économique n'est pas acquise. L'auteur, connu pour son sac matelot, son humour caractéristique et ses parenthèses en cascade, séduit pourtant un lectorat fidèle et conséquent.
Cette situation paradoxale met en lumière les transformations profondes du marché du livre et des rémunérations des auteurs. Jaenada explique que les perceptions extérieures sont souvent trompeuses : « Mes potes imaginent que je vais devenir millionnaire », alors que la réalité est bien plus nuancée et précaire.
Le témoignage de Philippe Jaenada, recueilli par Didier Jacob, offre ainsi un éclairage précieux sur les conditions de travail et de vie des écrivains en France, rappelant que la création littéraire reste souvent une activité économiquement fragile, même pour ceux qui connaissent le succès critique.



