Julien Sandrel franchit le pas du récit intime
L'auteur varois Julien Sandrel, né à Hyères en 1980 et connu pour son premier roman La Chambre des merveilles qui a conquis près de 500 000 lecteurs à travers le monde, opère un virage littéraire notable avec la publication de « Mes frères, mes fantômes et moi ». Cet ouvrage marque son premier pas hors de la fiction romanesque pour embrasser le récit personnel, une démarche qui l'a longtemps intimidé.
Un projet éditorial qui révèle les origines
Cette initiative émane d'une proposition des Éditions Charleston, dans le cadre de la collection Paradis perdu dirigée par Debora Kahn-Sriber. Le principe invite les auteurs à écrire sur un lieu marquant de leur histoire familiale ou personnelle. Après mûre réflexion, Julien Sandrel a choisi d'explorer ses racines italiennes, une part de son identité longtemps reléguée au second plan.
Pour ce faire, l'écrivain s'est rendu à Naples avec ses frères, à la rencontre d'une famille oubliée. Ce voyage a constitué le point de départ d'une enquête familiale approfondie, transformée en récit littéraire. « Le principe est qu'une autrice ou un auteur écrive sur un lieu qui a marqué son histoire familiale ou personnelle », précise l'éditeur, soulignant la dimension introspective de ce projet.
La peur du « je » et la découverte de l'universel
Julien Sandrel avoue avoir éprouvé une appréhension significative à l'idée d'utiliser le « je » authentique, contrairement à ses romans où ce pronom sert généralement des personnages de fiction. « J'en avais très peur. Et en réalité, ça a été extrêmement simple », confie-t-il, reconnaissant toutefois que la difficulté résidait dans la construction narrative elle-même.
À travers ce récit, l'auteur aborde notamment l'immigration de ses arrière-grands-parents italiens et le racisme anti-italien subi par son grand-père pendant la guerre. Il établit un parallèle saisissant avec les réalités contemporaines : « Les mots employés à leur encontre, les faits reprochés, étaient exactement les mêmes que ceux utilisés aujourd'hui pour qualifier des populations nouvellement arrivées ». Cette réflexion met en lumière les processus d'intégration sur plusieurs générations et les douleurs qui les accompagnent.
Réception et continuité littéraire
Malgré ses craintes quant à la réaction de son lectorat habituel, plus familier de ses romans, Julien Sandrel reçoit des retours enthousiastes. Les lecteurs retrouvent dans ce récit personnel les thèmes chers à l'auteur : la famille, la transmission, et les effondrements réels ou métaphoriques.
L'écrivain réaffirme que son moteur créatif demeure le plaisir de raconter des histoires, tout en prenant conscience de la dimension introspective de son travail. « Quand je parle de mes obsessions, cela me permet non seulement de les analyser, mais aussi de mieux les appréhender », explique-t-il, soulignant comment la littérature lui offre des chemins qu'il peine parfois à emprunter lui-même.
« Mes frères, mes fantômes et moi » de Julien Sandrel est publié aux Éditions Charleston. Disponible depuis le 10 avril 2026, cet ouvrage de 208 pages est proposé au prix de 18,90 euros. L'auteur a présenté son livre à la librairie Charlemagne d'Hyères et à Toulon lors de récentes rencontres littéraires.



