Le témoignage émouvant du fils des figures occitanes Yves Rouquette et Marie Rouanet
Dans une interview exclusive accordée à Midi Libre, Laurent Rouquette, fils des célèbres militants occitans Yves Rouquette et Marie Rouanet, partage des souvenirs intimes sur l'engagement linguistique et culturel de ses parents. Décédée le 26 janvier dernier, Marie Rouanet a rejoint son mari Yves, disparu en 2015, laissant derrière eux un héritage immense pour la défense de la langue d'oc.
Des racines profondes dans l'Aveyron
Laurent Rouquette habite toujours la maison familiale à Camarès, dans l'Aveyron, un lieu chargé d'histoire. « Mon père est issu d'une famille de Camarès, où mon grand-père était né tandis que ma grand-mère était originaire de Peux-et-Couffouleux », explique-t-il. Pour l'anecdote, sa grand-mère s'appelait également Rouquette.
Yves Rouquette est né à Sète où son père était cheminot, mais c'est en 1942, lorsque les Allemands ont envahi la zone libre, qu'il a été envoyé à Camarès dans la maison familiale de la Serre. « Ce fut une période charnière pour lui, qui avait 7 ans et commençait à entendre parler occitan », raconte Laurent. Non pas chez ses grands-parents, où l'on évitait que les enfants utilisent le patois, mais sur le chemin de l'école, lors des 4 kilomètres de marche quotidienne.
L'attachement à cette maison était tel qu'Yves Rouquette l'a rachetée et s'y est installé avec Marie lorsqu'ils ont pris leur retraite en 1996.
L'adaptation de Marie Rouanet à Camarès
Marie Rouanet, originaire de Béziers, s'est parfaitement approprié les lieux. « Elle s'est tellement bien adaptée que c'est en partie elle qui a reconstitué l'histoire familiale », souligne son fils. Elle a véritablement adopté cet endroit, au point de publier il y a quelques années un beau livre intitulé Mon rouge Rougier, accompagné de magnifiques photographies.
Un engagement occitan évolutif
Après plusieurs décennies de militantisme pour la cause occitane, le regard des parents Rouquette-Rouanet a évolué. « Mon père s'est battu tout au long de sa vie pour la défense de l'occitan », rappelle Laurent. Yves Rouquette a notamment fondé les écoles calandreta et le Centre international de recherche et de documentation occitanes (CIRDOC), conscient des menaces pesant sur cette langue.
À la fin des années 1980, il s'est cependant mis en retrait des mouvements militants comme Volèm viure al pais, pour se réfugier dans la littérature et la poésie. « Il a alors voulu faire vivre la langue d'une autre manière, notamment en traduisant en occitan des œuvres de grands auteurs », précise son fils. Quelques heures avant de mourir, il venait justement d'achever la traduction de Mossur de la Cochonaille de Molière.
Pour Marie Rouanet, il y a eu la période de la chanson, où elle était totalement immergée dans le monde occitaniste. Mais à partir des années 1990, lorsqu'elle a commencé à connaître le succès avec ses œuvres en français, elle a davantage investi le champ de la littérature française. Cela ne l'empêchait pas, avec Yves, de faire par exemple la lecture de Flamenca, un roman du XIIIe siècle en occitan écrit par le troubadour rouergat Daude de Pradas.
Un héritage littéraire assumé
Interrogé sur sa propre production littéraire – il a publié Les étés longs en 2012 – et sur la possibilité d'écrire sur ses parents, Laurent Rouquette répond avec pudeur : « Comme vous pouvez vous l'imaginer, au vu de l'environnement dans lequel j'ai grandi, j'entretiens un rapport particulier avec la littérature. Ce que j'ai publié, j'ai eu envie – ou besoin – de le faire à une période de ma vie, mais écrire sur mes parents, je préfère laisser ça à d'autres, avec un regard plus extérieur. »
L'exposition consacrée à Yves Rouquette et Marie Rouanet est visible jusqu'au vendredi 27 février, offrant aux visiteurs un aperçu de leur contribution majeure à la culture occitane.



