Houellebecq renaît en popstar : son album musical dépasse ses récents échecs littéraires
Il faut bien l'avouer : Michel Houellebecq a accumulé les déceptions ces dernières années. Depuis Sérotonine en 2019, l'écrivain n'a cessé de décevoir ses lecteurs. Son roman Anéantir (2022) était interminable, et on a préféré oublier son récit complaisant Quelques mois dans ma vie (2023). La comédie de Guillaume Nicloux, Dans la peau de Blanche Houellebecq (2024), n'a diverti que moins de 25 000 spectateurs. La dégringolade semblait inéluctable.
Un recueil de poèmes qui peine à convaincre
Le nouveau recueil de poèmes, Combat toujours perdant (Flammarion), ne relève pas franchement le niveau. Cette soixantaine de pages alterne défaitisme facile et porno fatigué, avec des vers comme : "Allons ! Il faut partir / Et nettoyer la place / Libérer l'avenir / Pour la nouvelle race." Les aphorismes bas de gamme sur "les fesses des filles" ou le souvenir d'une "souple suceuse" n'ajoutent rien à la profondeur de l'œuvre. Le lecteur ricaneur pourrait aisément se moquer de cette production littéraire décevante.
La surprise musicale : un album qui donne des frissons
Mais ce diable de Houellebecq a toujours eu plus d'un tour dans son sac. Parallèlement à ce recueil dispensable, il sort un album qui va bouleverser les nostalgiques. On se souvient qu'en l'an 2000, l'album Présence humaine, composé par Bertrand Burgalat, avait façonné une partie du personnage de Houellebecq. Vendu à 12 000 initiés à l'époque, le disque est devenu un classique, avec des chansons comme Plein été considérées comme des chefs-d'œuvre.
Bizarrement, Houellebecq n'avait jamais récidivé dans ce domaine. C'est là qu'intervient Frédéric Lo, un homme de l'ombre connu pour remettre en selle les légendes flappies. En 2004, avec l'album Crèvecœur, il avait relancé la carrière de Daniel Darc, alors noyé dans la dépression et l'alcoolisme. En 2022, il a récidivé avec Peter Doherty, lui permettant de retrouver toute sa classe avec The Fantasy Life of Poetry & Crime. On pourrait croire que Lo cache une baguette magique dans la housse de sa guitare.
Un album qui transcende les poèmes
Après avoir ressuscité Darc et Doherty, voilà que Frédéric Lo permet à Houellebecq de renouer avec sa part de génie. L'album Souvenez-vous de l'homme commence doucement, mais dès le deuxième morceau, Ils chevauchaient le vent, le disque décolle. Chaque titre dépasse le précédent : Fin de partie, Le Dialogue des machines, Autoroute, Le Lendemain de l'explosion, Les Contrées solitaires. C'est une suite ininterrompue de pépites, avec Houellebecq en faux gourou psalmodiant ses mantras goguenards face à des décors postapocalyptiques.
Certains poèmes, un peu ternes dans Combat toujours perdant, sont ici transfigurés par la musique. L'écrivain-chanteur et son compositeur citent La Folie des Stranglers comme source d'inspiration, et on retrouve dans cette pop synthétique mélodieuse et mélancolique une rencontre rêvée entre Neil Young et Kraftwerk.
Une voix transformée et un avenir prometteur
À l'époque de Présence humaine, le critique rock Yves Adrien voyait en Houellebecq un nouveau Vince Taylor. N'en déplaise aux campagnes de santé publique, il semble que l'abus de tabac bonifie les cordes vocales : l'auteur des Particules élémentaires n'a jamais aussi bien chanté. À 70 ans, Houellebecq est en état de grâce. Et si son avenir de popstar était encore devant lui ?
Combat toujours perdant par Michel Houellebecq. Flammarion, 62 pages, 12 euros. Parution le 4 mars. Souvenez-vous de l'homme par Michel Houellebecq et Frédéric Lo. Water Music/Modulor, 14,50 euros. Disponible le 6 mars. Michel Houellebecq et Frédéric Lo seront en concert à La Scala (Paris) à partir du 8 avril.



