Hélène Perlant brise le silence dans « Le Déni » : le fardeau d'être « fille de »
Le livre « Le Déni » d'Hélène Perlant, qui paraîtra jeudi, plonge au cœur des mécanismes qui réduisent les victimes de violence au silence. Cet ouvrage, né dans la foulée de l'affaire Bétharram, est une exploration personnelle et universelle des souffrances infligées par le statut de « fille ou fils de ».
Une vie marquée par les agressions
Hélène Perlant, fille aînée de l'ancien Premier ministre et maire de Pau François Bayrou, révèle dans son livre l'omniprésence des violences subies. « Je n'ai pas de mémoire d'un seul moment, d'un seul âge sans agression, toujours, partout », écrit-elle. Elle décrit notamment la petite fille qu'on attendait à la sortie de l'école pour la frapper quotidiennement, sans relâche, une réalité qu'elle a vécue comme une ombre permanente.
Le paradoxe douloureux de la protection paternelle
L'autrice souligne le paradoxe déchirant de sa situation : « La chose la plus douloureuse, c'est que la seule personne à qui on pourrait demander protection, la seule à être affective, la seule à ne jamais juger personne, est aussi celle à cause de qui tout cela arrive ». Elle confie pourtant son amour pour ce père qui écoute lors des jours de grand découragement, mais avoue que certains soirs, « on se prend à songer au suicide comme un acte de langage » pour faire comprendre l'insupportable.
Des agressions systématiques et leur justification
Hélène Perlant relate des insultes constantes dans la rue, venant d'inconnus, et l'obligation permanente de se justifier d'occuper une place dans l'espace public. Elle insiste sur le fait que les agressions ne visaient jamais son prénom, mais toujours son nom de famille, « le nom de quelqu'un d'autre, avec la violence destinée à quelqu'un d'autre ».
Un épisode particulièrement marquant survient à 18 ans, en khâgne, lorsqu'elle est agressée par des élèves cagoulés qui lui enfoncent un bâillon dans la gorge. Le commissaire chargé de sa plainte lui rapporte que ses agresseurs justifiaient leur acte en disant : « c'est bien fait, parce que vous avez tout ». Sous pression, elle finira par retirer sa plainte.
Au-delà du cas personnel : les mécanismes du déni
Dans « Le Déni », Hélène Perlant élargit sa réflexion aux mécanismes généraux qui réduisent les victimes au silence, en partant notamment de l'affaire Bétharram et des violences sexuelles qui s'y sont déroulées sur un demi-siècle. L'an dernier, elle avait révélé avoir subi des violences physiques par un curé de la congrégation lors d'un camp d'été à l'adolescence, affirmant n'en avoir jamais parlé à ses parents. Une révélation qui avait provoqué chez François Bayrou cette réaction : « Ça me poignarde le cœur ».
Ce livre poignant constitue donc à la fois un témoignage personnel courageux et une analyse pertinente des dynamiques sociales qui perpétuent le silence autour des violences, qu'elles soient physiques, psychologiques ou symboliques.



