Pierre Daum exhume l'histoire oubliée des travailleurs indochinois en Dordogne
Histoire des travailleurs indochinois en Dordogne révélée

L'Histoire ressuscitée des travailleurs indochinois en Dordogne

Pierre Daum, journaliste et historien, redonne une voix et un visage aux milliers de travailleurs indochinois venus en France, et particulièrement en Dordogne, à partir de 1940. Ces hommes, souvent des paysans, furent utilisés comme main-d'œuvre supplétive pour soutenir l'économie de guerre française, dans des conditions souvent brutales et oubliées par l'histoire officielle.

L'arrivée en terre inconnue

Au cœur de l'hiver 1940, des trains en provenance de Marseille déversent 1 500 hommes grelottants sur les quais de la gare de Bergerac, en Dordogne. Ramenés par bateaux des lointaines colonies d'Indochine, ces travailleurs, appelés péjorativement « niakoués » ou « Annamites », n'avaient pour seul bagage que leur force de travail. Certains de leurs compagnons étaient morts durant le voyage, et ils servirent pendant la guerre de main-d'œuvre quasi gratuite, fabriquant de la poudre ou effectuant des travaux de force dans les campagnes.

Des conditions de vie spartiates

Logés dans des camps collectifs aux règles sévères, beaucoup périrent dans des bombardements, de maladies ou de blessures mal soignées. Quelques-uns trouvèrent l'amour auprès de Françaises et ne rentrèrent jamais dans leur pays, où certains avaient laissé femme et enfants. La majorité retournèrent en Indochine entre 1945 et 1948, laissant derrière eux une histoire qui aurait pu sombrer dans l'oubli sans le travail de Pierre Daum.

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Le travail de mémoire de Pierre Daum

Pierre Daum, journaliste au Monde Diplomatique, a découvert cette histoire presque par hasard lors d'un reportage en Camargue. Son enquête révèle que la Dordogne n'est pas un cas isolé : environ 20 000 Indochinois ont travaillé dans les poudreries et les campagnes françaises, dont 4 000 à Bergerac. Ils ont planté du riz en Camargue, curé des cours d'eau, ramassé des châtaignes en Dordogne et fabriqué du charbon de bois.

Des traces précieuses pour l'Histoire

En Périgord, ces travailleurs ont laissé des traces émouvantes. Pour rassurer leurs familles restées en Indochine, ils se faisaient tirer le portrait chez le seul photographe de Bergerac, empruntant des costumes pour poser à plusieurs sur les photos. Ces images, transmises par le photographe Robert Bondier à son petit-fils Michel Lecat, ont permis de créer un fonds d'archives de dizaines de milliers de clichés, illustrant le livre de Pierre Daum.

Un mémorial et une exposition

Dans son ouvrage de 288 pages, Pierre Daum s'efforce de redonner une vie et une histoire à ces hommes, utilisant des témoignages, des archives nationales d'Outre-Mer et des recherches généalogiques. Le récit ne s'arrête pas là : une exposition à Bergerac raconte cette histoire jusqu'au 14 mars, et un monument sera inauguré le 30 mai en mémoire de ces travailleurs, un projet porté par Pierre Daum et Michel Lecat.

Ce travail de mémoire met en lumière une page sombre et méconnue de l'histoire française, honorant ceux qui ont contribué à l'économie locale et même à la Résistance, tout en étant colonisés, déplacés et exploités.

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