Gertrude Bell et Attar : deux voyages spirituels et historiques à découvrir
Gertrude Bell et Attar : deux voyages à découvrir

Deux œuvres pour explorer les confins du voyage et de la quête intérieure

Dans un monde saturé d'actualité immédiate et de technologies volantes, deux publications récentes nous invitent à des voyages d'un autre ordre : l'un à travers les sables du Moyen-Orient avec Gertrude Bell, l'autre dans les méandres de l'âme avec les oiseaux d'Attar.

Mesopotamia : l'odyssée tumultueuse de Gertrude Bell

Olivier Guez nous plonge dans la vie extraordinaire de Gertrude Bell (1868-1926) avec Mesopotamia, un récit biographique publié au Livre de poche. Cette héritière victorienne, à la fois sportswoman, archéologue et actrice majeure de l'histoire moyen-orientale, a mené une existence hors norme.

Dès l'enfance, marquée par la contemplation d'un planisphère où les terres colonisées étaient biffées en rouge, Bell développe une fascination pour l'Orient. À 30 ans, elle avale les massifs alpins comme des sorbets. À 37 ans, elle fouille des sites antiques syriens puis irakiens. La quarantaine venue, elle ne se sent chez elle que dans les rues de Bagdad ou les ruines de Babylone.

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Comme Thomas E. Lawrence (dit « d'Arabie »), elle choisit le renseignement et l'action politique et militaire comme sports de prédilection. Minée par la malaria et l'hépatite, revenue de tout, elle meurt à 57 ans d'une overdose de somnifères, enterrée avec les honneurs militaires.

Guez narre cette romance tragique avec la ferveur d'un vieux conteur, zigzaguant avec volupté de théâtre en théâtre, d'amours contrariées en conférences diplomatiques. Se dégage l'image d'une femme impérialiste et conservatrice, mais dont la vie fut une sempiternelle remise en cause, plongée dans ce « Grand Jeu » oriental du XIXe siècle.

La Conférence des oiseaux : une quête mystique intemporelle

Alors que le ciel s'encombre d'engins volants et drones kamikazes, le moment est idéal pour renouer avec La Conférence des oiseaux (Mantiq at-Tayr) de Farid al-Din Attar (1145-1221), monument de la poésie persane du XIIe siècle réédité chez 1001 Nuits.

Fils d'herboriste, disciple de Hallaj et maître de Rumi selon Louis Massignon, Attar a laissé quatre ouvrages dont ce chef-d'œuvre absolu. On y voit le tout-oiseau se réunir en assemblée plénière pour répondre à une question fondamentale : « Pourquoi sommes-nous les seuls à n'être pas gouvernés ? Qui pour nous gouverner ? »

La réponse réside loin, chez le Simorgh, oiseau fabuleux incarnation de la vérité divine. Mais le périple vaut-il qu'on s'y risque ? Tous les volatiles viennent témoigner de leur frilosité en de savoureux plaidoyers. La quête a néanmoins lieu, et seuls trente oiseaux parviendront au but, se perdant dans la vision du Simorgh, ultime révélation intérieure.

À la fois fable animalière et fresque mystique avec sa magnifique « Odyssée des sept vallées » (autant de degrés de la vie intérieure), cette traduction contemporaine et directement accessible constitue le complément idéal de la version versifiée de Leili Anvar (2012).

Renoncer aux voyages : une enquête philosophique

Dans un troisième ouvrage, Renoncer aux voyages. Une enquête philosophique de Juliette Morice publié chez Pocket dans la collection « Agora philosophie », l'auteure interroge notre rapport au déplacement. À l'heure où le voyage est devenu une norme sociale, que signifie choisir de rester ? Cette réflexion fait écho aux parcours de Bell et Attar, qui explorent chacun à leur manière les limites géographiques et spirituelles du mouvement.

Ces trois publications, par leur diversité, dessinent une cartographie du voyage sous toutes ses formes : historique avec Bell, mystique avec Attar, philosophique avec Morice. Autant d'invitations à repenser notre rapport au monde et à nous-mêmes, loin du bruit de l'actualité immédiate.

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