La jeunesse punk et lexicale d'Alain Finkielkraut
Avant de devenir un académicien reconnu pour son érudition et son respect des traditions linguistiques, l'écrivain Alain Finkielkraut, à l'âge de 30 ans, cultivait une approche radicalement différente de la langue française. Dans sa jeunesse, il s'adonnait avec délectation à la création de mots-valises, ces amalgames lexicaux qui bousculent les conventions et défient les règles établies.
Des publications audacieuses et transgressives
Entre 1979 et 1981, Alain Finkielkraut publia coup sur coup deux ouvrages remarquables : Ralentir : mots-valises et Petit Fictionnaire illustré. Ces recueils s'inscrivaient dans la lignée des grands expérimentateurs linguistiques comme François Rabelais, Lewis Carroll, Francis Ponge ou les membres de l'Oulipo. Finkielkraut y prodiguait des mots-valises qu'il qualifiait lui-même de petits bâtards bizarres, démontrant ainsi son goût pour l'hybridation lexicale et la création verbale.
L'art du mot-valise : une pratique subversive
Le mot-valise, rappelons-le, est une construction linguistique qui fusionne deux mots par homophonie partielle, créant ainsi une nouvelle entité sémantique. Un exemple célèbre popularisé par le général de Gaulle est politichien, qui condense habilement politicien et chien. À cette époque, Finkielkraut ne manifestait aucune inquiétude pour la continuité historique ou linguistique du français. Au contraire, il outrageait délibérément la langue, s'enivrant des ruptures et des sutures qu'il imposait au lexique.
Une posture de lexicopunk révolutionnaire
Dans cette phase créative, Alain Finkielkraut adoptait une posture de véritable lexicopunk. Il abolissait allègrement les frontières entre les mots, défiait la douane des définitions établies et transperçait le signifiant avec l'audace d'une épingle à nourrice. Cette période contrastait fortement avec son image future d'académicien siégeant au fauteuil 21 de l'Académie française, institution gardienne de la pureté linguistique.
Cette jeunesse punk et linguistique révèle ainsi un aspect méconnu de la personnalité d'Alain Finkielkraut, montrant comment un futur immortel pouvait autrefois se complaire dans la transgression verbale et l'expérimentation lexicale la plus audacieuse.



