Ferghane Azihari publie un essai retentissant sur l'islam et la modernité
Ferghane Azihari : un essai choc sur l'islam et la modernité

Un précédent historique et un nouvel essai retentissant

Le seul précédent comparable au livre de Ferghane Azihari, L'Islam contre la modernité (2026, éditions La Cité), remonte à 1983. À cette époque, l'ancien correspondant du Monde en Égypte, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, publiait Le radeau de Mahomet, ouvrage postérieur à la révolution islamique et à l'assassinat de Sadate. Affligé par les injustices subies par les Coptes, hanté par la prise de pouvoir des mollahs en Iran et par la guerre civile libanaise, le journaliste exprimait alors ses critiques envers les défenseurs français de l'islam et les méfaits de l'islamisme.

Sa liberté de pensée lui coûta son poste, sa réputation et sa notoriété en France, le contraignant à se réfugier définitivement au Maroc. Quarante-trois ans plus tard, après que ses prédictions se sont vérifiées dans un Moyen-Orient meurtri par cinq décennies de conflits, un jeune journaliste français d'origine comorienne de trente-deux ans, Ferghane Azihari, publie un essai retentissant qui fait écho à ce précédent historique.

Un contexte radicalement transformé

Les paramètres du monde et de l'auteur ont radicalement changé depuis 1983. Personne n'ignore désormais en Europe l'ampleur et la radicalité du phénomène islamiste, qui a embrasé le Moyen-Orient, de l'Algérie à l'Afghanistan, et qui s'est implanté en Europe occidentale, marquée par des tueries de masse inimaginables. L'imaginaire de la conquête islamique anime désormais de nombreuses organisations établies en Europe, encouragées par les hautes autorités de l'islam politique mondial.

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Alors que la République islamique décline, la position de Ferghane Azihari ne se situe plus dans le compromis. Il révoque la dichotomie islam/islamisme, inventée vers 1980 pour distinguer le bon grain islamique de l'ivraie des mollahs et des Frères musulmans. Il rappelle que les islamistes se présentent comme les meilleurs des musulmans, qualité qu'on ne saurait leur dénier puisqu'ils prétendent appliquer le Coran à la lettre pour ressusciter les temps originels de l'islam.

La difficile organisation de l'islam de France

Pour organiser l'islam de France, nos autorités peinent à trouver d'autres interlocuteurs que les Frères musulmans et des consulats étrangers (Algérie, Maroc et Turquie). Cette difficulté provient de l'absence d'instance collective organisée représentant les musulmans « français », les soufis, les musulmans laïcs ou républicains, les musulmans athées ou les femmes musulmanes indépendantes. Les Frères musulmans préemptent la représentativité en s'autodésignant « Musulmans de France », avec peu de protestations hormis celle de l'imam Hassen Chalghoumi, très isolé.

Une approche historique et critique

Ferghane Azihari assume sa position d'athée d'origine musulmane sans acrimonie ni provocation. Exerçant sa liberté de pensée garantie par notre Constitution, il pousse la réflexion à son terme : pour lui, l'islam est une mythologie d'autant plus redoutable qu'elle se présente comme irréfutable. Le texte coranique précise le sort peu enviable réservé à ceux qui refusent de l'embrasser et promet la mort aux apostats de l'islam.

L'auteur déplore que l'islam se dérobe à l'approche historico-critique que le christianisme et le judaïsme ont fini par agréer après qu'Ernest Renan l'a imposée. L'islam se présente comme d'essence purement divine : le Coran serait le verbe de Dieu, et le prophète Mahomet sa bouche. Dans cette vision transcendantale, nul besoin d'histoire ni d'historicisation.

Un ouvrage documenté et rigoureux

Dans son ouvrage documenté – qui compte soixante-cinq pages de références précises et de citations incontestables –, Ferghane Azihari présente la naissance du phénomène islamique au sein de l'Empire romain d'Orient. Il ne s'agit pas d'un travail d'historien – ni thèse, ni mémoire –, mais d'un essai documenté au style pamphlétaire sur le fond, tout en étant rigoureux et étayé dans la forme.

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Le propos est clair, le style limpide et rigoureux. Le souci d'informer et de citer peut donner l'impression d'un tourbillon, mais le souci de démonstration est si affirmé qu'il parvient à ses fins. Ferghane Azihari souligne d'abord que l'islam s'est inséré de force dans le monde raffiné de l'Orient hellénisé chrétien, dont il a fait éclater les cadres et les frontières.

La situation du monde islamique aujourd'hui

Contre l'érudition académique orientaliste européenne, l'auteur affirme que si l'islam s'est d'abord nourri de la science gréco-romaine et perse, au point d'édifier une brillante civilisation médiévale impériale cosmopolite, il a fini par assécher et dévitaliser ces apports culturels. La fermeture de l'ijtihad (la libre interprétation et le débat) au XIe siècle n'est pas sa clé d'interprétation privilégiée.

Ferghane Azihari préfère insister sur le repli sur le noyau dur islamique, son imperméabilité aux apports civilisationnels externes (comme le refus persistant de l'imprimerie), et la fixation sur la dimension islamique de la vie humaine et sociale. Sans exonérer la colonisation de ses tares, il souligne la situation déplorable du monde islamique dans la mondialisation, quels que soient les critères adoptés : libertés politiques, démocratie, développement, créativité, état des sciences, liberté des femmes, édition, etc.

Un appel aux Occidentaux et aux musulmans d'Europe

L'auteur appelle ses ex-coreligionnaires d'Europe à prendre acte de cette situation, car ils sont condamnés à rester en Europe et doivent tirer les conséquences que la raison impose. Enfin, il déplore la faiblesse insigne des Occidentaux, qui échouent à surmonter la culpabilité post-coloniale, devenue structurelle et paralysante.

Cette culpabilité place l'Europe en état de « colonisabilité » par l'islam conquérant – une hypothèse que Ferghane Azihari refuse de toute sa pugnacité politique et intellectuelle. Nul doute que son livre constitue un choc qui interpellera tout lecteur lucide, poursuivant ainsi le travail entamé par Jean-Pierre Péroncel-Hugoz quarante-trois ans plus tôt, mais dans un contexte mondial radicalement transformé.