Le fascisme, une menace toujours actuelle selon Marcuse et Gramsci
Fascisme : une menace actuelle selon Marcuse et Gramsci

Le fascisme, une menace persistante dans la modernité

Contrairement à l'idée reçue, le fascisme ne se limite pas à la période historique de son émergence, de son apogée et de son déclin, des années 1920 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il ne subsiste pas uniquement à travers la permanence de groupuscules identitaires ou la rémanence de saluts nazis furtifs brandis par des partisans de mouvements extrémistes contemporains. En réalité, le fascisme demeure une virtualité intrinsèque de notre modernité, une possibilité toujours présente dans les structures sociétales actuelles.

L'analyse visionnaire d'Herbert Marcuse

Le philosophe américain d'origine allemande Herbert Marcuse (1898-1979), membre éminent de l'École de Francfort, en était déjà convaincu en son temps. Exilé aux États-Unis après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir, ce penseur de référence des mouvements étudiants de la « nouvelle gauche » des années 1960, célèbre pour avoir articulé les théories de Marx et Freud dans une œuvre profondément subversive, avait anticipé cette évolution. Dans son ouvrage majeur Eros et civilisation publié en 1955, Marcuse expliquait dès 1971 que « le fascisme américain sera probablement le premier qui arrivera au pouvoir par des moyens démocratiques et avec un soutien démocratique ».

À l'heure où l'internationale réactionnaire se déploie à travers le monde, au moment où les politiques migratoires de certains États adoptent des méthodes paramilitaires commettant de nombreuses exactions, il paraît plus que jamais nécessaire de se tourner vers « l'extraordinaire actualité des leçons politiques » de ce théoricien de l'émancipation. C'est ce que souligne avec force la philosophe Haud Guéguen dans son ouvrage Herbert Marcuse face au néofascisme publié chez Amsterdam en 2025.

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Le néofascisme, produit du capitalisme contemporain

Selon l'analyse développée par Haud Guéguen, le « néofascisme » contemporain prend appui sur les ressorts pulsionnels de l'individualisme concurrentiel et sur l'appel à une performance agressive caractéristique des sociétés modernes. Il apparaît ainsi comme « une tendance inhérente au capitalisme pris dans sa dimension prédatrice et autoritaire », une manifestation naturelle des excès du système économique dominant.

La chercheuse présente Marcuse comme un penseur des « nouvelles Lumières » particulièrement sensible aux enjeux écologiques et féministes de son époque. Elle va même jusqu'à affirmer qu'il peut « à bon droit être qualifié d'écoféministe », soulignant ainsi la dimension précurseure de sa pensée qui intégrait déjà les préoccupations environnementales et l'émancipation des femmes dans sa critique sociale globale.

La radicalité d'Antonio Gramsci

Dans cette réflexion sur les persistances fascistes, le théoricien marxiste Antonio Gramsci (1891-1937), cofondateur du Parti communiste italien, apporte une perspective encore plus radicale. Souvent détourné par l'extrême droite en raison de sa conception novatrice de l'hégémonie culturelle, Gramsci analysait avec une acuité remarquable l'alliance entre la logique capitaliste et le culte nationaliste.

Dans son article « Qu'est-ce que la réaction ? » repris dans le recueil Comment naît le fascisme publié chez Grasset en 2025, qui rassemble des écrits de Gramsci publiés entre 1920 et 1924, le penseur italien affirmait sans ambages : « Le fascisme est l'illégalité de la violence capitaliste ». Cette formule percutante résume sa conviction que le fascisme représente la manifestation la plus extrême et la plus brutale des contradictions et des violences inhérentes au système capitaliste lui-même.

Ces analyses croisées de Marcuse et Gramsci, remises en lumière par des publications récentes, nous invitent à une vigilance constante face aux résurgences fascistes qui peuvent émerger des structures mêmes de nos sociétés modernes, particulièrement dans un contexte de capitalisme globalisé et de montée des nationalismes.

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