Fanny Taillandier : les livres clandestins, une issue à notre époque troublée
Fanny Taillandier : les livres clandestins, une issue à notre époque

Fanny Taillandier : les livres clandestins, une issue à notre époque troublée

Le festival Effractions, consacré à la littérature contemporaine, se tiendra du 18 au 22 février, notamment à la Gaîté Lyrique. À cette occasion, l'écrivaine Fanny Taillandier nous livre une tribune poignante sur le pouvoir et les responsabilités des acteurs du livre dans un contexte de crise profonde pour le secteur.

Une découverte dans la nuit

« Je ne l’ai pas vu tout de suite. Il était dissimulé dans un tas de papier humide, sur un bord de trottoir encore luisant de pluie. Devant moi, un type en claquettes marchait d’un pas rapide, les épaules relevées sous une doudoune flasque. C’était le début d’une nuit d’hiver, quelque part au nord d’une grande ville, dont les fastes éblouissaient chaque jour des touristes venus du monde entier, et dont les flics pourchassaient chaque jour d’autres humains, venus du monde entier aussi, mais sans appareil photo. »

Dans cette atmosphère sombre, Fanny Taillandier décrit une scène urbaine où la misère côtoie l'indifférence. Elle évoque les statistiques alarmantes de la Fondation pour le Logement, avec plus de 350 000 personnes sans domicile en 2024, et les politiques répressives comme le doublement des taxes sur les visas. Cette réalité contrastée sert de toile de fond à sa réflexion sur le monde du livre.

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Les attaques contre la culture

L'écrivaine rappelle les agressions récentes contre les librairies, telles que les tags à l'acide sur la librairie Transit à Marseille ou l'explosion de la vitrine des Vagues à Nantes. Elle mentionne aussi les perquisitions policières, comme celle de la librairie Violette and Co à Paris, et les décisions politiques qui occultent les devantures, comme à la librairie des Parleuses à Nice. Ces actes illustrent une montée des tensions contre les espaces culturels.

Parallèlement, les chiffres économiques sont préoccupants : une baisse de 25 % des subventions au livre dans le budget 2026 et une chute des ventes en 2025, masquée seulement par les succès d'Astérix et de Freida McFadden. Le marché du livre semble fragilisé, avec un top dix qui concentre de plus en plus les ventes.

Le pouvoir éducatif des livres

Dans sa quête, Fanny Taillandier découvre un vieux volume de Kenneth Galbraith, « L'Ère de l'opulence », qui analyse la pauvreté dans les sociétés de consommation. Elle cite un passage clé : « L’éducation est à double tranchant dans la société d’opulence : elle est essentielle au vu des exigences techniques et scientifiques de l’industrie. Mais en élargissant les goûts, et en induisant des attitudes plus critiques, plus indépendantes, elle affaiblit le pouvoir de création de désirs indispensable à l’économie moderne. »

Cette idée lui inspire une réflexion sur le rôle des livres. Ils affaiblissent la logique de la croissance et le féodalisme économique, ce qui expliquerait pourquoi ils sont ciblés par les extrémistes et les forces du marché. Thierry Discepolo, fondateur d'Agone, résume cette dualité : « Les dictatures brûlent les livres, les marchés les noient. »

Une responsabilité collective

Face à ces défis, Fanny Taillandier appelle les acteurs du livre – auteurs, éditeurs, libraires – à reconnaître leur pouvoir. Les livres permettent l'éducation et la critique, des outils essentiels pour résister à l'oppression et à l'indifférence. Elle compare leur rôle à celui des passeurs clandestins, aidant les idées à franchir les frontières.

Sa découverte finale, un fascicule d'Edgar Poe avec une note sur l'apport de l'étranger en littérature, symbolise cette résistance. « Les passages clandestins des livres sont peut-être – peut-être – la meilleure issue à la sale époque où nous sommes. »

Bio express et festival

Fanny Taillandier, auteure de plusieurs ouvrages primés comme « Les Etats et empires du Lotissement Grand Siècle », participera au festival Effractions le 20 février à la Gaîté Lyrique. Elle y animera une rencontre intitulée « Romancières en immersion » avec Gabrielle de Tournemire, soulignant l'importance des échanges littéraires dans ces temps incertains.

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