David Szalay signe un roman puissant sur l'errance masculine en Europe
David Szalay : un roman sur l'errance masculine en Europe

Un miroir littéraire pour notre époque

Dans un paysage éditorial souvent saturé, un véritable roman, au sens stendhalien d'un miroir que l'on promène le long d'un chemin, semble manquer cruellement à notre époque. Cette attente est enfin comblée avec Chair de David Szalay, une œuvre de 366 pages qui capte avec une justesse rare les incertitudes du réel, les tourments de la masculinité et la mélancolie des relations humaines.

Le parcours chaotique d'István

Le récit suit István, un Hongrois dont l'existence oscille entre l'absence au monde et à lui-même. Adolescent à Budapest, il entame une liaison charnelle et sans passion avec une voisine quadragénaire, relation qui se termine tragiquement et annonce une série de fins douloureuses tout au long de sa vie.

Après un passage dans l'armée, marqué par la mort d'un camarade dans le désert, István retourne au pays, l'âme meurtrie, avant de s'exiler à Londres. Là, il vit dans une grande précarité, travaillant comme videur dans un club de strip-tease. Un soir, il sauve un homme d'une agression, acte qui l'introduit dans un monde de luxe, de voyages et de femmes, mais aussi de pornographie et d'échec, un véritable miroir aux alouettes où il se perd sans résistance.

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Une symphonie romanesque saluée

David Szalay, romancier anglo-canadien et hongrois, lauréat du prestigieux Booker Prize pour ce livre, réussit un tour de force avec cette symphonie dédiée à un homme sans qualité. Son personnage, étranger à tout et d'abord à lui-même, évoque le Meursault de L'Étranger de Camus ou les héros de Kundera dans Risibles amours et L'Insoutenable Légèreté de l'être.

Dans la production contemporaine, Chair se distingue par sa singularité. Il dépeint un homme, un vrai, réticent à exprimer ses émotions et désirs, de peur d'être corrompu par eux. Souvent, de telles explorations de la solitude mènent à un cabinet de psy ; ici, elles s'incarnent dans les pages d'un des plus beaux livres actuels.

Chair, de David Szalay, traduit de l'anglais par Benoît Philippe, est publié aux éditions Albin Michel, 384 pages, 22,90€, version numérique à 14,99€.

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