Un écrivain se penche sur le plus ancien cold-case français
Pendant plus de cinquante-quatre ans, aucun auteur n'avait osé écrire un livre sur les mystérieux disparus de Boutiers. La raison est simple : l'absence totale d'indices tangibles. Pas de lettre d'adieu, pas de véhicule retrouvé, et encore moins de restes humains n'ont jamais pu éclaircir le sort de la famille Méchinaud. Jacques, Pierrette et leurs deux jeunes fils, âgés de 4 et 7 ans, se sont volatilisés dans la nuit de Noël 1972, en Charente, laissant derrière eux un silence assourdissant et une énigme insoluble.
Une approche journalistique singulière et subjective
Jean-Charles Chapuzet, journaliste et écrivain originaire de Jonzac, connu pour ses œuvres primées comme Du bleu dans la nuit et Le Matin de Sarajevo, relève le défi avec Les Disparus de Noël. Il adopte une méthode de gonzo journalisme, une écriture libre et délibérément subjective, qui pourrait déconcerter certains lecteurs. Cette approche, celle d'un narrateur qui semble revenu de tout, soulève une question éthique délicate : celle d'un écrivain qui pourrait tirer profit d'un drame familial, qu'il soit accidentel ou criminel. L'auteur n'ignore pas cette tension, évoquant même une pensée pour Bruno et Éric, les enfants disparus.
Une enquête approfondie malgré le néant des preuves
Néanmoins, Chapuzet ne se contente pas de ce parti pris littéraire. Il double son récit d'une investigation rigoureuse, reprenant toutes les pistes disponibles et n'hésitant pas à recueillir les ragots et rumeurs qui ont circulé pendant des décennies. Son enquête le mène sur les bords de la Charente, à la rencontre d'une galerie de personnages, dont domine la figure de Momo, Maurice Blanchon, l'amant revendiqué de Pierrette Méchinaud à l'époque.
L'auteur pousse même ses recherches jusqu'à explorer les carrières voisines de Saint-Même-les-Carrières, un lieu souvent évoqué dans l'imaginaire local comme sépulture potentielle des disparus. Cette zone a d'ailleurs fait l'objet de fouilles récentes, fin janvier, menées par le pôle cold cases de Nanterre, montrant que l'affaire reste d'actualité.
Un livre qui fige une scène de crime littéraire
Si l'ouvrage n'apporte pas de résolution définitive à l'enquête, il réussit à figer sur le papier, comme on le ferait pour une scène de crime, les attitudes et témoignages collectés. Sans renoncer à son ambition littéraire, Chapuzet offre une plongée unique dans ce cold-case, préservant la mémoire des disparus tout en interrogeant les limites de l'enquête et du récit.
Les Disparus de Noël, de Jean-Charles Chapuzet, est publié aux éditions La Tengo au prix de 18,50 €. Il sera disponible en librairie à partir du 1er avril. L'auteur sera présent au festival les Escales du livre, à Bordeaux (espace Darwin), du 27 au 29 mars, pour présenter son travail et échanger avec le public.



