Arnaud Duputs, le retour du capitaine du SUA après les commotions
Arnaud Duputs, le retour du capitaine du SUA

Ce dernier match de la saison à Boniface, ce vendredi (21 heures), est le premier depuis six mois comme titulaire pour le flanker et capitaine du SUA, victime de commotions à répétition. Une sorte de résurrection. Comme le demi de mêlée Dorian Bellot avant lui, Arnaud Duputs a longtemps cru devoir mettre un terme prématurément à sa carrière. Six mois après sa dernière commotion, contre Oyonnax à Armandie, le troisième ligne aile va retrouver ses galons de capitaine et une place de titulaire, ce vendredi (21 heures), à Mont-de-Marsan. Un dernier match de la saison qui aura forcément une saveur particulière.

Un long chemin vers la guérison

« Durant les six derniers mois, l’objectif principal était de me remettre bien physiquement et mentalement pour pouvoir rejouer un match de rugby », confie Arnaud Duputs. Après deux entrées en jeu plutôt convaincantes à Oyonnax et contre Soyaux-Angoulême, il voit enfin le bout du tunnel. Même s’il refuse de se projeter trop loin, conscient que tout peut s’arrêter pour lui du jour au lendemain.

La victoire bonifiée contre le SA XV

La victoire bonifiée contre le SA XV, avec 9 000 personnes au stade, votre essai et une Ola à la 70e, est-elle une des plus belles soirées depuis que vous êtes à Agen ? « Ça a été une super belle soirée. On a eu la météo avec nous avec un grand soleil, la chance de jouer à 19 heures pour avoir un peu plus de jour, et surtout les supporteurs ont vraiment répondu présents, ils ont mis une grosse ambiance. Franchement, c’était chouette. On avait vraiment à cœur de bien finir à Armandie pour offrir une belle sortie à tous ceux qui partent, et aussi bien terminer notre saison pour un groupe qui va pas mal changer à l’intersaison. »

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Paradoxalement, c’est la soirée qui scelle la 7e place et le fait que vous ne disputerez pas de phases finales cette saison… « C’était mathématiquement possible, mais on savait que ça allait être compliqué. Il fallait compter sur deux faux pas de Brive. On ne regardait plus trop cette place de 6e. Vu la saison, on est à notre place. Pour faire partie du top 6, il y a des matchs qu’on aurait pu gagner et qu’on a laissés partir trop facilement. Sur cette saison, il y a beaucoup de positif, mais on a perdu trop de points en route pour espérer finir dans les six premiers. »

Le retour à Armandie après la commotion

C’était aussi votre retour à Armandie, six mois après votre dernière commotion contre Oyonnax. Comment avez-vous vécu cette période ? « C’était long… Surtout que j’ai un peu galéré. La saison dernière, je me suis cassé le poignet. Là, je voulais faire une grosse saison et j’ai encore eu des pépins avec plusieurs commotions. Ça m’a écarté des terrains durant longtemps. J’ai même douté de pouvoir rejouer un jour, donc ce n’était pas facile. Mais ça y est, je suis là et je suis très content. Revenir à Armandie, en plus avec des tribunes pleines, le beau temps et une victoire, c’était quelque chose de sympa. »

Un nombre de commotions très élevé

« J’ai un nombre de commotions très élevé. Je fais la liste, même si je préfère garder le nombre pour moi », confie Arnaud Duputs. Quand on est capitaine et qu’on ne participe qu’à 14 matchs (6 cette saison, 8 la saison passée), le rôle est-il différent ? « Forcément, le rôle change… On est un peu plus en retrait. On ne peut pas s’imposer, alors qu’on n’est pas sur le terrain. J’ai toujours été un capitaine plus par l’exemple que par ma prise de parole. J’ai essayé au maximum de rester au contact du groupe. Quand j’ai pu, je les ai accompagnés en déplacement. Vivre les discours, les avant-matchs, ça fait se sentir encore joueur. Je me suis surtout entraîné pour revenir sur le terrain le plus vite possible. Avec toutes mes galères, j’ai laissé un peu ce rôle de capitaine. J’ai eu peur que tout s’arrête. »

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Vraiment ? « Oui, franchement, c’est la première fois qu’on y a tant songé avec les médecins. Il y a vraiment eu un doute parce que j’ai eu des moments où je n’étais pas bien et parce que ça commence aussi à faire beaucoup. J’ai un nombre de commotions très élevé. Je fais la liste, même si je préfère garder le nombre pour moi. La santé est importante pour l’après-rugby. Mais j’ai toujours eu cette envie de rejouer. En remettant les choses dans l’ordre, en allant mieux mentalement et après physiquement, j’ai commencé à reprendre les sensations sur le terrain, doucement à l’entraînement, en touchant un peu le ballon. Ça m’a encore plus motivé. »

Le déclic pour rejouer

Quand avez-vous compris que vous alliez pouvoir rejouer au rugby ? « La semaine déclic, c’est quand j’ai repris le contact à l’entraînement et que je me suis aperçu que tout allait bien. C’était début mars, quand je suis revenu du CERS de Capbreton. Ça fait une longue période de doute quand même… Mais à partir du moment où je me suis bien senti sur des chocs à 100 %, je me suis dit « c’est bon, ma tête va bien », et j’avais vraiment envie de reprendre. C’est à ce moment-là aussi où les neurologues, qui étaient contents de mon évolution, m’ont dit qu’ils me laissaient une dernière chance. Ce feu vert a été le déclic pour moi. »

Échanges avec Dorian Bellot

Avez-vous échangé avec Dorian Bellot, qui a traversé un peu les mêmes doutes avec ses soucis au cœur ? « Non. Ça a été compliqué pour lui aussi en début de saison. Je pense que notre moyen de s’épauler, ça a été plus de parler d’autre chose, de garder notre amitié et les moments qu’on partage en dehors du rugby. Nous ne sommes pas du genre à beaucoup nous étendre sur ces sujets-là. Des fois, c’est mieux de ne pas en parler, de penser à autre chose, de se dire dans les moments où ça ne va pas que le rugby est un gros chapitre de notre vie, mais qu’il n’y a pas que ça. »

Pas d’appréhension sur le terrain

Arrivez-vous désormais à entrer sur un terrain de rugby sans appréhension ? « Oui, j’y arrive… Une fois que je suis sur le terrain, je n’y pense plus. Je travaille mentalement et aussi techniquement à l’entraînement, sur des techniques de plaquages et d’engagement, pour essayer d’éviter les commotions. Il y a plus de la moitié de mes commotions qui sont la faute à « pas de chance », des mauvais coups. Mais je sais aussi que j’ai fait des grosses commotions que j’aurais pu éviter en me plaçant mieux sur mon plaquage, ou en étant plus intelligent sur mon engagement en fonction du joueur d’en face. »

Dernier match à Mont-de-Marsan

Vous devez avoir des fourmis dans les jambes pour ce dernier match à Mont-de-Marsan… « Je pense que la motivation va être la même pour tout le groupe. C’est notre dernier match de la saison, le groupe va changer, donc l’objectif est de prendre du plaisir une dernière fois tous ensemble et de bien clôturer notre saison, comme on l’a fait à Armandie. Ça passe par un gros match de rugby. Personnellement, ça va être décuplé parce que ça fait longtemps que je n’ai pas vécu ça. Mais tous les mecs vont se donner à fond. »

Le chiffre 4. Arnaud Duputs a inscrit, vendredi dernier face à Soyaux-Angoulême, son second essai seulement en cinq saisons sous le maillot agenais. Le premier datait du 13 avril 2023 à Aurillac. « Et même dans le monde pro, ce n’est que mon quatrième essai, en comptant les deux avec l’Aviron Bayonnais ! J’étais super content de marquer. Mais franchement, c’est plus mon retour sur le terrain et la tournure de la soirée qui m’ont apporté de la satisfaction. » Le symbole était fort malgré tout.