Chantal Thomas signe deux ouvrages sur l'émancipation et l'hédonisme féminin
L'autrice et académicienne Chantal Thomas publie simultanément deux courts volumes qui se répondent avec élégance et érudition. « Femmes sur fond azur » et « Inventer sa chambre à soi » explorent avec une grâce féministe affirmée les chemins de l'émancipation féminine, la quête de liberté et les refuges intimes que les femmes se construisent.
Un dialogue littéraire sur la liberté féminine
Ces deux ouvrages, bien que distincts dans leur approche, forment un diptyque cohérent sur la condition féminine et la conquête de l'autonomie. Chantal Thomas y déploie son talent caractéristique pour mêler réflexion intellectuelle et sensibilité poétique, dans ce qu'elle appelle elle-même « le ton d'une conversation enchantée ».
Le premier volume, « Femmes sur fond azur », publié aux éditions Seuil, présente six portraits de femmes ayant trouvé sur la Côte d'Azur un refuge, une consolation ou un secret à partager. Thomas y évoque successivement :
- La cantatrice Sophie Cruvelli vicomtesse Vigier
- La reine Victoria
- La diariste et peintre Marie Bashkirtseff
- Les écrivaines Katherine Mansfield et Colette
- Sa propre mère, Jacquie Thomas
Le texte consacré à sa mère est particulièrement poignant, décrit comme « bref comme un sanglot de reconnaissance » et d'une beauté sublime selon les critiques.
La quête de la « chambre à soi »
Le second ouvrage, « Inventer sa chambre à soi » publié chez Rivages, s'attache quant à lui à trois écrivaines qui ont dû imaginer les conditions de leur indépendance créative : Virginia Woolf, Colette (à nouveau) et Patti Smith. Ce volume développe particulièrement le concept de « chambre à soi » cher à Virginia Woolf, qu'elle considérait comme un prérequis essentiel à l'émancipation des femmes, particulièrement celles vouées à l'écriture.
Chantal Thomas y écrit : « Il y a encore du chemin à parcourir, encore une fierté intime à conquérir et à imposer, encore une désinvolture à assumer, une légèreté à chérir pour édifier sa chambre à soi. Il y a aussi, et ce n'est pas une tâche facile, à se libérer du préjugé antique et fatal selon lequel l'amour sauve et justifie. »
La Méditerranée comme terre d'émancipation
Un fil conducteur relie ces deux ouvrages : le rôle transformateur de la Méditerranée et particulièrement de la Côte d'Azur dans le destin de ces femmes. Nice, Menton, Saint-Tropez et plus largement la Riviera française apparaissent comme des lieux où ces personnalités ont pu trouver un espace de liberté, une consolation ou simplement un cadre propice à leur épanouissement.
Chantal Thomas suggère que « le motif caché dans le tapis » de ces deux volumes serait « un sentiment préalable de dépossession ». Elle évoque Victoria envahie par son veuvage, Mansfield par la tuberculose et la difficulté à s'établir comme écrivaine, ou la Cruvelli qui renonce à son art. Mais aussi sa propre expérience, celle de « la petite Chantal T. chassée du paradis » qui n'aura de cesse de trouver des « édens de rechange ».
Un hédonisme féministe assumé
Ces deux volumes se caractérisent par ce que l'autrice qualifie elle-même d'approche « gracieusement féministe, érudite et finalement, hédoniste ». Ils abordent avec légèreté et profondeur des thèmes essentiels : la lumière, le voyage, les maisons, la solitude et sa douceur, mais surtout la construction de soi hors des schémas traditionnels.
À travers ce « compagnonnage presque sororal » avec ces femmes du passé et du présent, Chantal Thomas signe ce qu'elle présente comme « l'entrée dans les beaux jours » - une célébration de la liberté conquise et de l'autonomie retrouvée.
Informations pratiques :
- « Femmes sur fond azur », de Chantal Thomas, éditions Seuil, 180 pages, 19,50 € (ebook 13,99 €)
- « Inventer sa chambre à soi », de Chantal Thomas, éditions Rivages, 105 pages, 7,70 €



