Catherine Ringer révèle Alice Mendelson : l'érotisme de vivre sur scène
Catherine Ringer révèle Alice Mendelson sur scène

Catherine Ringer met en lumière la poésie méconnue d'Alice Mendelson

Jusqu'au début de cette décennie, le grand public ignorait presque totalement l'existence de la poétesse et conteuse française Alice Mendelson, née en 1925 et décédée en 2025. Depuis 2021, une voix emblématique de la scène musicale française a entrepris de révéler son œuvre au public. Catherine Ringer, ancienne chanteuse et meneuse charismatique du groupe mythique Les Rita Mitsouko, présente sur scène les textes lumineux et parfois charnels d'Alice Mendelson avec une puissance et un souffle de vie remarquables.

Une rencontre fortuite qui a changé la donne

La beauté des hasards de la vie a joué un rôle crucial dans cette découverte. Après avoir longtemps exercé comme professeure de français passionnée, Alice Mendelson s'était reconvertie en conteuse, intervenant dans les collèges et lycées pour partager son amour des mots. Un jour de 1995, elle est venue conter des histoires dans la classe de Ginger, l'une des filles de Catherine Ringer. En entendant le nom de famille, Alice Mendelson s'est exclamée avec surprise : « Mais j'avais un ami artiste peintre, Sam Ringer, qui portait ce nom ! »

Cette coïncidence a révélé un lien plus profond : Sam Ringer, le père de Catherine, et Alice Mendelson partageaient tous deux une culture yiddish. Ils ont été présentés en 1982 par un ami commun, le peintre Marcel Hamsell, qui était convaincu qu'ils s'entendraient à merveille. Leur relation, marquée par une grande amitié, a débuté vers 1983 et s'est poursuivie jusqu'à la mort de Sam Ringer en 1986.

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Une amitié qui a mûri avec le temps

Après le décès de son père, Catherine Ringer a cherché à rencontrer des personnes qui l'avaient bien connu. Le hasard l'a mise sur le chemin d'Alice Mendelson en 1995, et une complicité immédiate s'est installée entre elles. Alice aimait évoquer Sam Ringer, qui lui avait confié être extrêmement fier de sa fille, de son parcours et de sa réussite, contrastant avec sa propre carrière de peintre moins reconnue.

À cette époque, Les Rita Mitsouko effectuaient de nombreuses tournées. Alice Mendelson appréciait particulièrement l'attitude de Catherine sur scène, sa façon d'affirmer sa liberté, sa féminité et son esprit joyeux. Alice était une femme lumineuse, passionnante et pleine de vie, et Catherine est tombée sous son charme dès leur première rencontre.

En 2016, Catherine Ringer s'est même installée pendant deux semaines chez Alice Mendelson, dans son petit appartement, pour finaliser les textes de son album « Chroniques & Fantaisies ». Alice Mendelson a vécu cent ans, une existence très riche. Même à la retraite, elle a continué à travailler comme conteuse ou au sein d'ateliers d'écriture. Lorsqu'elle est devenue très âgée et a perdu la vue, elle ne pouvait plus écrire, alors elle dictait des improvisations poétiques, entrant dans ce qu'elle appelait une « transe poétique ».

La genèse du spectacle et du recueil

Au sortir de la crise du Covid, le petit théâtre de la Huchette, un lieu indépendant parisien, organisait des cartes blanches le lundi pour renflouer ses caisses. Lorsqu'ils ont proposé à Catherine Ringer d'intervenir, elle a d'abord pensé y chanter, mais l'envie de dire des poésies s'est imposée.

Le poète Pascal Quéré, avec qui elle avait entrepris d'inventorier l'œuvre picturale de son père, lui a transmis une centaine de poésies écrites par Alice Mendelson entre 1946 et 2020. En les lisant, Catherine a été immédiatement emballée. Elle a alors demandé à son collègue et ami Mauro Gioia de l'aider à choisir des textes et à les mettre en scène. Mauro Gioia a insisté pour ajouter de la musique, et Grégoire Hetzel s'est joint à eux.

La première représentation de ces poèmes mis en musique a eu lieu en octobre 2021, en présence d'Alice Mendelson elle-même. La soirée a connu un beau succès, et le plaisir d'interpréter ce répertoire a été tel qu'ils ont décidé de poursuivre le spectacle.

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Un premier petit recueil, rapidement épuisé, avait été publié lors d'une représentation au théâtre d'Auxerre. Lors d'un salon littéraire, un éditeur les a approchés pour exprimer son désir d'éditer ces textes de manière plus large. C'est ainsi qu'est né le recueil « L'Érotisme de vivre », compilant 81 textes d'Alice Mendelson, dirigé par Catherine Ringer et publié aux Éditions Points.

Qu'est-ce que « L'Érotisme de vivre » ?

Pour Alice Mendelson, « L'Érotisme de vivre » signifie ouvrir ses sens à la beauté, à la joie, au plaisir, mais aussi aux petites choses du quotidien comme la lumière du jour ou la vision d'un enfant qui joue. C'est une invitation à être présent dans l'instant et à ne pas se laisser submerger par les pensées négatives qui tournent en boucle. En une formule simple et limpide, elle nous intime l'ordre de « ne jamais bâcler de vivre », une belle leçon de vie qui résonne profondément.

Les projets de Catherine Ringer

Catherine Ringer aborde ses projets avec souplesse, faisant les choses « un peu à droite, à gauche, comme ça vient ». Cela fait dix ans qu'elle n'a pas sorti de nouvel album, bien qu'elle ait quelques chansons inachevées dans ses tiroirs. Après une précédente tournée, elle a connu un épisode de fatigue nerveuse et ne se voyait pas enchaîner avec un nouvel album en studio. Elle a pris du recul et se sent très bien dans cette nouvelle phase de sa carrière, donnant des concerts occasionnellement et explorant d'autres activités.

Elle souligne la chance de pouvoir facilement remonter une tournée en France, grâce à un public fidèle, et d'être libre financièrement, ce qui lui offre toute latitude pour réaliser ses envies. Elle est consciente que c'est une opportunité formidable.

Le parcours d'Alice Mendelson : un siècle de mots

Fille unique d'une famille polonaise d'origine juive ayant fui les pogroms, Alice Mendelson a grandi à Paris où ses parents tenaient un salon de coiffure du côté de Montmartre. Après la déportation de son père à Auschwitz, elle a échappé de peu à la rafle du Vél'd'Hiv en 1942 et s'est engagée comme agent de liaison dans la Résistance. Elle a consigné cette période dans « Une jeunesse sous l'Occupation » (éd. Grasset, 2023).

Professeure de français, puis conteuse, cette petite femme de 1,51 mètre, amie du metteur en scène Peter Brook, a gardé toute sa vie durant un amour inconditionnel pour les mots. Célébrant à la fois la passion charnelle et l'art de vivre, sa poésie est restée confinée au secret pendant près de soixante-dix ans, jusqu'à ce que Catherine Ringer lui donne une nouvelle voix sur scène.

Le recueil « L'Érotisme de vivre » est disponible aux Éditions Points Poésie, 158 pages, au prix de 10,80 €.