Pascal Bruckner révèle les blessures de son enfance dans un récit poignant
Au sein d'une famille qu'il qualifie de « balzacienne par excellence », tiraillée entre des aspirations inaccessibles et des ressources financières limitées, Pascal Bruckner a grandi comme enfant unique. Son père, décrit comme un antisémite pathétique adepte des thèses nazies, lui infligeait régulièrement des corrections, tandis que sa mère, une femme dolente et envahissante, le choyait tout en étant elle-même battue et antisémite par tradition.
Une enfance marquée par la violence et la complexité
L'écrivain résume son enfance comme une « anomalie éducative », mais refuse catégoriquement de se présenter en victime ou en persécuté. Pour lui, la littérature est devenue un refuge, un moyen de ne plus être défini par les autres et d'adresser un long message à ses défunts, les embaumant dans une sépulture de mots.
Douze ans après avoir réglé ses comptes avec son père dans Un bon fils (Grasset, 2014), Bruckner se tourne vers sa mère avec une approche plus délicate, mêlant plume et cœur. Si la violence paternelle le révoltait, la complainte maternelle le désarmait et s'ancrait en lui comme une dette infinie, impossible à réfuter.
Le pacte de faiblesse et la fuite vers Paris
Pendant cinquante ans, sa mère est restée une femme trop docile, explosant parfois en accès de rage rapidement réprimés, et l'entraînant dans ce qu'il appelle un « pacte de faiblesse ». Elle utilisait son fils comme prétexte pour rester passive, ce qui a poussé Bruckner à fuir la province pour Paris.
À Paris, il a étudié, multiplié les petits métiers – de gigolo à professeur de philosophie – et remplacé les coups de son père biologique par les lumières de son père spirituel, le philosophe Vladimir Jankélévitch, qui fut son professeur. Membre de l'Académie Goncourt, Bruckner a tout essayé, avec des succès variés, mais s'insurge contre l'idée d'imputer aux mères les défauts de leurs fils.
Un hommage empreint de chagrin, d'humour et de pardon
Son nouveau livre, De mère inconnue (Grasset, 272 pages, 20 euros), n'est ni une absolution ni un réquisitoire. C'est une étreinte vive à la morte, un requiem rempli de chagrin, d'humour, de gratitude pour l'amour reçu et de pardon pour l'abandon ressenti. Surtout, il exprime le désir profond d'un fils de comprendre enfin sa mère et de l'élucider entièrement.
À travers les pages des œuvres et autrices qu'elle adorait, comme Katherine Mansfield et Simone de Beauvoir – elle qui avait « lu sa vie plutôt que de la vivre » –, Bruckner explore un secret potentiel lié aux circonstances de sa rencontre avec son mari en 1942, alors que celui-ci travaillait pour les Allemands à Berlin. Peut-être que cette mère, autrefois inconnue, le devient un peu moins grâce à ce récit intime et bouleversant.



