Dans son roman Les morsures du crépuscule, Christian Troin raconte l'exil, la terre et les blessures silencieuses de Brovès, un village rayé de la carte en 1974 pour laisser place au camp militaire de Canjuers. Au cœur du récit : Mathurin. De retour dans son village promis à la disparition, il refuse l'abandon. Sur un terrain couvert de pierres et de clapiers, il fouille avec acharnement, au point de passer pour un fou auprès des derniers habitants. Pourtant, sa quête dépasse bientôt la simple recherche du passé. Elle ouvre la voie à des découvertes inattendues qui vont bouleverser sa vie… et sa manière de regarder le monde.
Un hommage aux déplacés de l'Histoire
À travers une écriture habitée, profondément ancrée dans les paysages de Provence, Christian Troin donne une voix à ceux que l'Histoire a déplacés sans toujours raconter leur douleur. Né à Comps-sur-Artuby, passionné par l'univers de Jean Giono dont il fut membre de l'association des Anciens et amis de Brovès, ancien enseignant et formateur, Christian Troin poursuit une œuvre littéraire tournée vers les hommes, les territoires et les mémoires enfouies.
Pourquoi Brovès comme décor ?
Interrogé sur son choix, Christian Troin explique : « J'ai tenu, à travers cette fiction, à rendre hommage à celles et ceux qui, malgré les tempêtes, continuent d'avancer, à ces familles que je connais pour la plupart et qui ne demandaient rien d'autre que de vivre sur leur terre. » Il a connu Brovès dès son enfance : « Je suis né à Comps, à une époque où Brovès existait encore. Je le connais donc depuis toujours. »
Un souvenir particulier le marque : « Mon père était facteur et relevait le courrier dans ce village entre autres. Je n'oublierai jamais ce gamin de dix ans qui sacrifiait son jeudi (à l'époque c'était le jeudi) en accompagnant le fonctionnaire dans sa longue tournée, attendant patiemment que vienne le dernier quart d'heure. Celui où, au sortir de Brovès, il le prenait sur ses genoux et lui confiait très attentivement le volant de la 2CV jusqu'au croisement de Sainte-Pétronille. »
À la question de ce que penseraient les habitants de Brovès de 1900 s'ils lisaient son livre, il répond : « Ils me prendraient sans doute pour un fou d'avoir imaginé la disparition de leur village. »
Les Anciens et amis de Brovès, passeurs de mémoires
Chaque lundi de Pentecôte, les anciens habitants de Brovès obtiennent l'autorisation de retourner au village quelques heures. Devant l'église, les souvenirs ressurgissent : « Ici, c'était notre maison… Là, l'école… » Le temps d'une journée, Brovès cesse d'être un village disparu : il redevient vivant.
Alain Costanzo, trésorier de l'association Anciens et amis de Brovès, infatigable passeur, consacre depuis des années son énergie à faire vivre l'histoire du village. À travers témoignages, rencontres, recherches, archives, souvenirs partagés et actions de terrain, l'association entretient un lien précieux entre les anciens habitants, leurs descendants et tous ceux qui restent attachés à ce lieu chargé d'histoire.
Préserver Brovès, ce n'est pas seulement conserver des traces du passé : c'est faire vivre une mémoire collective. C'est rappeler qu'avant les transformations du territoire, il y avait des familles, des maisons, des traditions, des fêtes, des paysages et toute une vie qui animait ce village. C'est cette histoire toujours présente malgré son absence, qui a inspiré à l'écrivain du pays Christian Troin son roman Les Morsures du crépuscule.



