Boualem Sansal : « Il est temps que l'Algérie devienne une véritable démocratie »
Boualem Sansal : « L'Algérie doit devenir une démocratie »

Boualem Sansal : « Il est temps que l'Algérie devienne une véritable démocratie »

Libéré de sa détention en Algérie il y a quatre mois, l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a depuis rejoint l'Académie française et fait grand bruit en quittant Gallimard pour Grasset. Il était en conférence à Saint-Raphaël ce vendredi, où il a partagé ses réflexions sur son expérience carcérale et ses espoirs pour l'avenir de son pays natal.

Une détention vécue comme une prise d'otage

Condamné à cinq ans de prison ferme en mars 2025, Boualem Sansal revient sur cette année derrière les barreaux algériens. « Je n'ai pas été arrêté, j'ai été pris en otage », confie-t-il. Il décrit cette expérience comme « une machination extraordinaire, digne d'un film », où il a été utilisé comme monnaie d'échange dans les relations diplomatiques entre l'Algérie et la France. Sa critique ouverte du gouvernement algérien, notamment sur la question de la frontière avec le Maroc, en a fait une cible parfaite.

Une liberté retrouvée, mais incomplète

Depuis sa libération en novembre 2025, l'écrivain a dû s'installer à Paris, laissant derrière lui sa vie, sa maison et sa retraite en Algérie. « Ma liberté n'est pas totale : je ne peux manifestement pas m'exprimer complètement, cela dérange encore beaucoup de monde », déplore-t-il. Il évoque également les difficultés administratives rencontrées et le diagnostic d'un cancer contracté en prison, où les conditions sanitaires étaient déplorables.

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L'Académie française et les honneurs

Élu à la quasi-unanimité au fauteuil numéro 3 de l'Académie française en janvier, Boualem Sansal a également reçu le prestigieux prix Cino-Del-Luca et a été décoré de la Légion d'honneur. « C'est réellement un grand honneur d'être devenu académicien, pour l'amoureux de la langue française que je suis », déclare-t-il, tout en s'interrogeant sur les motivations de son élection.

Un engagement politique sans concession

L'écrivain exprime ses inquiétudes face à la montée de l'islam en France et dans le monde, qualifiant cette religion de « conquérante ». Il doute de la possibilité d'un islam compatible avec la République, estimant que les efforts d'intégration échouent systématiquement. Concernant l'Algérie, il est catégorique : « Il est temps que l'Algérie devienne une véritable démocratie, avec de véritables élections ». Il ne prévoit pas de retour dans son pays natal, sauf en cas de changement de régime.

Le changement d'éditeur : un choix politique

Boualem Sansal explique son départ de Gallimard pour Grasset par des divergences stratégiques lors de sa détention. Il reproche à son ancien éditeur d'avoir adopté une ligne trop conciliante avec le gouvernement algérien. « Grasset m'a fait un accueil très favorable, qui est sur une ligne plus offensive, et accepte ma liberté de ton », justifie-t-il. Il prépare actuellement un « livre de combat » sur son emprisonnement, avec lequel il compte mener une action en justice internationale contre le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Projets littéraires et solidarité

L'écrivain achève un ouvrage d'environ 200 pages sur son expérience carcérale, dont la date de publication dépendra des contraintes éditoriales. Il évoque également le cas de Christophe Gleizes, toujours prisonnier en Algérie, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Il espère sa libération prochaine, notamment à l'occasion de la visite du pape en Algérie en avril, et regrette le manque de mobilisation en France pour sa cause.

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