Le mystère de la mort d'Henri IV revisité par Stéphane Bern
L'émission Secrets d'Histoire, présentée par Stéphane Bern, ouvre à nouveau le dossier épineux de l'assassinat du roi Henri IV, survenu le 14 mai 1610 à Paris. Alors que le souverain se rendait en carrosse chez son ministre Sully, son cortège fut bloqué par des charrettes, permettant à François Ravaillac de lui porter plusieurs coups de couteau, dont un mortel. Henri IV, qui avait réussi à ramener une paix religieuse fragile en France, décède brutalement à l'âge de 56 ans.
Une version officielle trop simpliste ?
Pour l'histoire officielle, Ravaillac est le seul coupable : ce catholique illuminé, qui avait tenté à plusieurs reprises d'approcher le roi, affirma avoir agi sur le seul ordre de Dieu. Cependant, cette version apparaît insuffisante pour de nombreux spécialistes. Henri IV se savait menacé, ayant déjà échappé à une vingtaine de cabales. Il était à la fois détesté par de nombreux catholiques, qui le considéraient comme l'Antéchrist, et par des protestants, qui lui reprochaient sa conversion pour monter sur le trône.
Les soupçons sur l'entourage royal
L'ambitieuse reine Marie de Médicis, tout juste couronnée à Saint-Denis et rêvant de la régence, avait tout fait pour empêcher son époux de sortir du Louvre ce jour-là, ce qui rend difficile de croire à sa culpabilité. L'ancienne maîtresse délaissée, Henriette d'Entragues, n'avait aucun intérêt à se venger, étant devenue marquise et ayant tout à perdre. Quant au très riche et très catholique duc d'Épernon, présent aux côtés du roi lors du meurtre, il fit tout pour éviter que la foule ne lynche Ravaillac sur place, ce qui aurait été dans son intérêt s'il avait commandité l'assassinat.
La piste cruciale des Habsbourg
Une piste cruciale met en cause la responsabilité directe des Habsbourg. Henri IV préparait en effet l'invasion d'une partie des Pays-Bas espagnols dans le cadre de la succession des principautés de Juliers et Clèves. Il souhaitait également récupérer la jeune Charlotte de Montmorency, qui se trouvait à Bruxelles sous la garde d'Albert d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas. Le roi meurt donc au moment où il s'apprêtait à embraser l'Europe face aux Habsbourg. Curieusement, son décès fut annoncé officiellement aux Pays-Bas espagnols et dans les villes limitrophes plusieurs jours avant qu'il ne survienne, comme si tout avait été prémédité.
Les révélations troublantes de Jean-Christian Petitfils
« À mon avis, Ravaillac n'a pas agi seul, il a été suggestionné par un commando venu de Bruxelles qui a reçu des instructions de l'archiduc Albert pour assassiner le roi », explique l'historien Jean-Christian Petitfils, fervent défenseur de la piste flamande. Le documentaire rappelle la présence attestée d'un petit groupe, tout près de la scène du crime à Paris, qui hurlait : « Tue, Tue, il faut qu'il meure ! », avant de prendre la fuite. Ces mots visaient-ils le roi ? Ou forçaient-ils d'autres à supprimer le régicide pour étouffer les pistes ?
Des preuves financières et des aveux révélateurs
Plus troublant encore, insiste Jean-Christian Petitfils, il existe une lettre de l'ambassadeur du Canton suisse à Paris révélant la présence sur place d'un individu ayant promis à l'archiduc qu'il ne manquerait pas son coup contre le souverain. Les fonds secrets d'Albert d'Autriche révèlent cette année-là une dépense exceptionnelle de 15 000 livres contre moins de 2 000 habituellement. « C'est une somme énorme, relève Petitfils. De quoi s'agit-il ? On ne sait pas. On peut imaginer, sans aucune certitude, qu'elle a pu financer la mission d'individus chargés de tuer le roi », ou d'influencer le fanatique Ravaillac.
Ravaillac fut très surpris de se voir insulté et conspué sur la place de Grève lors de son supplice, le 27 mai 1610. Il pensait qu'on l'acclamerait pour avoir supprimé le roi félon, mais il ne reçut que haine et crachats. « On m'a bien trompé quand on m'a voulu persuader que le coup que je ferai serait bien reçu du peuple », confiera-t-il en voyant cette foule hurlante. Un dernier aveu qui suggère fortement qu'il n'a pas agi seul.
Secrets d'Histoire, « Ravaillac, la vérité sur l'assassinat d'Henri IV », sera diffusé le 15 avril à 21H10 sur France 3.



