Lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2026, Anouk Faure dévoile les secrets de son roman Aatea. Entre racines calédoniennes, passion pour les mythes et amour du dessin, l'ouvrage plonge le lecteur dans une œuvre visuelle et poétique hors norme. L'autrice et illustratrice était présente ce dimanche 24 mai au salon de la Comédie du Livre au Peyrou.
Un succès inattendu
Anouk Faure, jeune autrice de 35 ans, ne s'attendait pas à un tel accueil. « L'écriture d'Aatea a été un processus long et intense d'un an et demi, rempli de doutes et de réécritures. J'étais anxieuse de voir comment ce changement de registre allait être reçu », confie-t-elle. Les retours du public et de la profession l'ont profondément touchée. « Recevoir une telle reconnaissance de la part des libraires, des bibliothécaires et obtenir le Grand Prix de l'Imaginaire alors que je suis une toute jeune autrice, c'est extraordinaire. J'ai mis du temps à réaliser que ce n'était pas une blague. »
Du texte à l'image
Avant d'écrire, Anouk Faure était illustratrice. Elle partage désormais son temps entre l'illustration et l'écriture, réalisant notamment des couvertures pour des romans de fantasy ou de science-fiction. « Quand j'écris mes romans, ce n'est pas dans l'intention de les illustrer. Cela vient dans un second temps. Mon imagination est très visuelle, mais je ne cherche pas la redondance. L'illustration doit venir en complément du texte pour apporter un regard supplémentaire et une atmosphère, sans répéter ce qui est déjà écrit. »
L'influence de la Nouvelle-Calédonie
Son enfance en Nouvelle-Calédonie a profondément nourri son imaginaire. « Mes grands-parents ont émigré là-bas – des réfugiés d'Algérie du côté maternel, et pour des raisons professionnelles du côté paternel. J'y ai vécu jusqu'à mes études. Cette nature omniprésente entre mer et montagne, avec sa végétation extravagante, a forgé mon paysage mental. C'est le manque de la Nouvelle-Calédonie, maintenant que je vis en métropole, qui m'a inspiré ce livre. »
Bercée par les mythes grâce à sa grand-mère professeure de lettres, elle a grandi au contact des cultures mélanésiennes et indonésiennes, notamment le mythe tahitien de Taaroa. Son père possédait une grande bibliothèque de science-fiction et de fantasy où elle puisait du Tolkien ou du Robert Jordan. « Tout cela m'a naturellement guidée vers l'imaginaire. »
Projets et réflexions
Actuellement, Anouk Faure travaille sur un projet de non-fiction illustré : un atlas poétique sur les îles de l'océan Pacifique. « Ce sont des textes en prose à la dimension très atmosphérique, qui s'ancrent aussi dans la réalité quotidienne de ces îles. »
Interrogée sur le paradoxe entre la crise des librairies et le succès des salons littéraires, elle explique : « Aujourd'hui, la lecture ne se résume plus à acheter un livre, elle englobe la rencontre avec l'auteur. Le public de l'imaginaire est très demandeur de ces échanges. Cependant, ce microcosme de passionnés ne suffit pas à porter toute l'économie du livre. Le vrai défi réside dans la perte des lecteurs occasionnels. Le livre fait face à la concurrence féroce des séries télé, des films ou des podcasts qui sollicitent constamment notre attention. »



