Adonis, le poète entre deux mondes, s'adresse à sa tour parisienne
Venu du Liban après avoir été emprisonné dans son pays natal, la Syrie, le grand poète Adonis, souvent cité pour le prix Nobel, vit en France depuis l'année 1985. Il réside dans le quartier d'affaires de La Défense, au sein d'une haute tour nommée Gambetta. C'est précisément à cette structure architecturale qu'il dédie ses nouveaux poèmes, créant un dialogue entre la terre et le ciel qui ouvre ce recueil exceptionnel.
Un observatoire poétique sur le monde tremblant
Depuis son studio perché, où il écrit, peint, réfléchit, rêve et questionne inlassablement, Adonis contemple notre « univers qui oscille et tremble ». Cette tour Gambetta du square Henri-Régnault, qu'il décrit comme un « microcosme occidental et oriental où des peuples se croisent », semble prendre vie dans ses vers. Ces poèmes touchent à l'essence du temps, nomment les êtres chers et expriment l'humanité dans sa dérive vertigineuse, avec cette affirmation saisissante : « Le moment trompeur est l'instrument même de la vérité. »
Le corps désirant au cœur de l'œuvre
Ce livre d'une grande limpidité, composé de magnifiques poèmes inédits, rappelle avec force qu'Adonis n'abandonne jamais le corps désirant. « Ainsi, à chaque recoin de mon être, un corps se lève et murmure ce qu'il imagine être l'étreinte d'un autre corps », écrit-il dans son « Carnet d'illuminations sur les états de Tanger et ses stations ». La sensualité et la quête de l'autre demeurent des thèmes centraux de sa création poétique.
La voix douce d'un poète en dialogue avec l'exil
D'une voix douce que l'on croit presque entendre, le poète divague en écrivant à une amie française exilée au Liban. Il écoute attentivement « le vent de l'avant-vieillesse » lui murmurer : « Le ciel même se transforme sûrement en papier. » Puis il poursuit son interrogation existentielle : « Que feras-tu, ô poète ? Écriras-tu l'aube ? Liras-tu l'ode au crépuscule ? Resteras-tu suspendu à la croix de l'alphabet ? »
L'écriture manuscrite, trace vivante de la création
L'écriture d'Adonis, comme revigorée par le grand âge, se donne également à lire sous sa forme manuscrite, reproduite dans des fac-similés qui préservent la trace physique de la création. Le dernier poème inédit, intitulé « La Mort faite ciel », frappe par son acuité poétique qui perce l'âme du lecteur : « C'est l'air qui pose la main sur la tête du soleil : / Quand commencera le futur que l'on appelle humanité ? »
Ce recueil « Tour Gambetta et autres poèmes » d'Adonis, traduit avec sensibilité de l'arabe par Bénédicte Letellier, est publié aux éditions Seghers. Il compte 176 pages et est disponible au prix de 18 euros, offrant une plongée unique dans l'univers poétique d'un des plus grands auteurs contemporains.



