Un événement littéraire majeur rassemble près de 600 jeunes dans l'Est-Var
Jusqu'à ce vendredi soir, le théâtre Le Forum dans l'Est-Var accueille un événement culturel et éducatif exceptionnel. Près de 600 collégiens et lycéens participent activement à la 22e édition du projet "De la plume à l'oreille", une initiative portée conjointement par l'Éducation nationale et les quatre médiathèques de Fréjus, Saint-Raphaël, Puget-sur-Argens et Roquebrune.
Des échanges riches entre auteurs et jeunes lecteurs
Les élèves, félicités pour leur implication remarquable, ont travaillé pendant plusieurs semaines sur les œuvres des auteurs invités. Ils ont préparé des productions libres sous forme d'écrits, de podcasts ou de vidéos, présentées depuis hier. La rencontre avec les écrivains Fabien Clavel et Rachel Corenblit constitue l'aboutissement de ce projet pédagogique ambitieux.
Face à un auditoire visiblement fasciné par le métier d'écrivain, les deux auteurs ont répondu avec sincérité et générosité à un flot de questions préparées par les jeunes. Les interrogations ont porté sur divers aspects de la création littéraire :
- Comment trouvez-vous l'inspiration ?
- Est-ce une histoire vraie ou une fiction ?
- Combien de temps faut-il pour écrire un roman ?
- Pouvez-vous vivre de ce métier ?
Les confidences des auteurs sur leur métier-passion
Fabien Clavel, auteur reconnu de romans et nouvelles de fantasy et science-fiction, récompensé par de nombreux prix littéraires, a partagé la réalité économique du métier : "Pour vivre de sa plume, ce n'est pas évident car il ne s'agit pas seulement d'avoir du talent, il faut beaucoup écrire. Je fais dix publications par an pour pouvoir en vivre. Un auteur ne touche que 7 à 10 % du prix de vente d'un livre".
Rachel Corenblit a quant à elle évoqué les sources profondes de son inspiration : "L'inspiration me vient en m'imbibant des autres et du monde. Je suis une éponge et de temps en temps, je presse ce que j'ai absorbé pour le coucher sur le papier. J'aime écrire sur le thème de la résilience, la capacité à souffrir et à se relever de son traumatisme".
L'importance du doute dans le processus créatif
Interrogé par Nathan, un élève présent, sur la place du doute dans leur travail, Rachel Corenblit a répondu : "Tout le temps, le doute permet de créer, il est essentiel. Quelqu'un qui ne doute pas, en général, c'est un dictateur". Fabien Clavel a renchéri : "Je ne suis jamais sûr de moi. Les gens sûrs d'eux, il faut s'en méfier, car rapidement, ils t'imposent leurs idées. Une bonne dose de doute, c'est sain".
Les deux auteurs ont également évoqué les défis émotionnels de l'écriture. Fabien Clavel a partagé son expérience avec "Cerveau de verre", écrit par colère contre "les politiques, la montée de l'intolérance, de la haine, des guerres". Rachel Corenblit a expliqué comment une photographie de Robert Capa, "la Tondue de Chartres", l'avait profondément marquée et inspirée pour écrire "Bâtarde", un roman qui redonne dignité à ce mot insultant.
Un projet pédagogique exemplaire
L'événement "De la plume à l'oreille" est cité en exemple dans l'académie pour sa capacité à démontrer que les adolescents aiment la lecture et lisent même beaucoup. Les organisateurs soulignent que ce type de rencontre permet aux jeunes de découvrir la littérature contemporaine de manière vivante et interactive, tout en encourageant les vocations littéraires.
Les auteurs ont insisté sur l'importance de "renouer avec ce plaisir de jouer, retrouver cette âme d'enfant qui ne se juge pas". Rachel Corenblit a affirmé : "Pour créer, avoir de l'imagination, le contact avec l'enfance est essentiel. Être grand, c'est accepter son enfance".
Cette 22e édition se conclut ce vendredi soir par des échanges nourris qui laisseront sans doute des traces durables dans l'esprit des 600 jeunes participants, peut-être futurs écrivains eux-mêmes.



