Un thé d'exception né dans le sous-sol montpelliérain
Dans un ancien garage de Montpellier, une révolution gastronomique et scientifique est en cours. Thaïs Lamouroux, le seul Français à détenir le titre de maître d'art du thé et évaluateur certifié par le gouvernement chinois, a réalisé l'impossible : produire un thé 100% montpelliérain malgré un climat et un sol totalement inadaptés à cette culture traditionnelle.
Un parcours singulier entre Chine et France
La passion de Thaïs Lamouroux pour le thé remonte à son adolescence, marquée par les films de Kung-Fu qui l'ont conduit à partir vivre en Chine. "C'est là que j'ai appris la langue et que je suis tombé... dans le thé", confie-t-il. Après des études de droit, il cumule pendant des années une vie professionnelle en France et une formation intensive en Chine, travaillant dans les champs de théiers, participant à la récolte, au séchage et à la dégustation.
Son rêve français prend forme lorsqu'il décide de se consacrer entièrement à son projet : créer des champs de thé en France. Mais le défi semble insurmontable jusqu'à ce qu'une rencontre fortuite l'oriente vers des chercheurs spécialisés.
L'aéroponie souterraine : une innovation radicale
En partenariat avec Pierre Joram de Green House Keeper, expert en production hors-sol, et Yishai Nissan, spécialiste des cultures en milieu contrôlé, Thaïs Lamouroux développe une méthode révolutionnaire. Dans le Grenier de la Mosson, ancien garage reconverti en laboratoire, 350 théiers sont cultivés en aéroponie dans deux pièces souterraines dédiées.
Chaque plant bénéficie d'un environnement parfaitement contrôlé : température et humidité stables, vaporisation constante par une brume nutritive. "Les théiers se sentent tellement bien ici qu'ils surproduisent", s'enthousiasme l'équipe. Le procédé, validé par l'Inrae, utilise seulement 20 litres d'eau par an et élimine toute pollution.
Un thé blanc aux propriétés exceptionnelles
La première récolte de 2025 a donné cinq kilogrammes de thé blanc "Esprit du thé", né, cultivé et façonné à Montpellier. Ce thé onctueux au goût vanillé présente une caractéristique rare : il est extrêmement endurant, permettant de réutiliser plusieurs fois le même sachet.
Commercialisé à partir de 14,90 euros pour 25 sachets d'un gramme (ou 2 300 euros le kilogramme pour le grade supérieur en feuilles), ce thé se distingue surtout par ses propriétés. "C'est un thé augmenté", explique Thaïs Lamouroux. Les analyses révèlent que certains principes actifs sont 60% supérieurs à ceux d'un thé cultivé naturellement.
Un plant champion surnommé "Lionel Messi"
Parmi les 350 théiers et 28 cultivars, un plant s'est particulièrement distingué. "On l'a surnommé notre 'Lionel Messi' car c'est notre champion. Il pousse mieux et il est plus chargé en principes actifs", révèle Thaïs Lamouroux. Ce théier exceptionnel, un Camellia sinensis riche en L-théanine, va être cloné pour amplifier encore les bienfaits de cette production unique.
L'équipe ne compte pas s'arrêter là. Au-delà de cette "potion magique" gastronomique, les débouchés pourraient s'étendre à la pharmacie, la cosmétique ou les compléments alimentaires. "Mon travail, c'est d'essayer d'optimiser ce que la nature nous a donné", précise Yishai Nissan, dont les recherches ouvrent de nouvelles perspectives pour l'agriculture urbaine et la production alimentaire durable.
Cette aventure montpelliéraine démontre qu'avec innovation scientifique et passion, même les défis les plus improbables peuvent être relevés, redéfinissant les frontières du possible dans l'univers du thé et au-delà.



