La course épuisante aux tables des restaurants branchés
Avez-vous récemment tenté de réserver une table dans un restaurant dit à la mode ? Si ce n'est pas le cas, ne vous y aventurez pas : on y perd vite sinon l'appétit, du moins l'envie de dépenser son argent chez des établissements qui vous ferment la porte avant même que vous n'ayez pu franchir le seuil de la réservation.
Un phénomène d'américanisation des comportements
Les noms de ces lieux sont trop nombreux : ils riment souvent avec nouveautés, dans un mouvement qui reflète une américanisation des comportements, inspirée des tendances new-yorkaises. L'obligation d'y être vu est devenue une règle tacite. Avant même l'ouverture officielle, la rumeur enfle : pour en être, il faut s'y faire voir lors des premiers soirs, admirer le décor – souvent signé par un architecte de renom que l'on tutoie forcément –, picorer deux ou trois nourritures terrestres et quelques grains de caviar.
L'œuf d'esturgeon est aux assiettes contemporaines ce que la fausse particule est à l'aristocratie d'opérette. On y revient une ou deux fois, si du moins on a à sa disposition le numéro de téléphone du propriétaire, du chef de salle ou du chef tout court.
La frustration du grand public
Pendant ce temps, le vulgum pecus court après des tables disponibles seulement à des heures improbables, comme 18 h 30 ou 22 h 45, voire à l'heure du petit déjeuner pour les adresses les plus pointues, sinon les plus piquantes. Cette course effrénée crée une frustration généralisée parmi les amateurs de gastronomie qui cherchent simplement à profiter d'un bon repas sans devoir jouer des coudes.
Un snobisme hautement périssable
Pas de panique, cependant : le tourbillon de l'engouement est tel que deux semaines après l'hystérie initiale, le calme revient souvent sur des assiettes qui se révèlent plates et un public devenu morne. Le snobisme culinaire s'avère hautement périssable, laissant place à une désillusion rapide. Les restaurants branchés connaissent ainsi un cycle de vie accéléré, où la nouveauté s'estompe vite au profit d'une normalisation, voire d'un oubli.
Ce phénomène met en lumière les excès de la gastronomie contemporaine, où l'apparence et le statut social prennent parfois le pas sur la qualité réelle des expériences culinaires. Il invite à une réflexion sur la durabilité de ces tendances et sur l'authenticité des pratiques dans le monde de la restauration.



