Guide Michelin 2026 : une surprise savoyarde couronne Michaël Arnoult
Pour une surprise, c'est une surprise magistrale ! Alors que les rumeurs et pronostics, y compris ceux du Point, annonçaient des noms prestigieux comme Yannick Alléno, Alexandre Gauthier ou Jean-François Piège, aucun des chefs régulièrement cités par les observateurs n'a émergé du palmarès de la cérémonie du Guide Michelin 2026, dévoilée ce lundi en direct de Monaco. Gwendal Poullennec, le directeur international des guides Michelin, avait pourtant mis tout le monde sur la voie la veille, lors du dîner de gala organisé à l'Hôtel de Paris Monte-Carlo, en déclarant : « Les pronostics sont faits pour être déjoués ».
Contre toute attente, c'est le chef Michaël Arnoult et son épouse Ingrid, officiant en salle, qui ont décroché les trois étoiles pour leur restaurant Les Morainières, situé à Jongieux, en Savoie. Cette récompense suprême récompense un parcours discret mais exemplaire dans le paysage gastronomique français.
Un disciple d'Emmanuel Renaut couronné
Ironie de l'histoire, « le magicien de Jongieux », comme l'avait nommé Gilles Pudlowski dans Le Point, avait obtenu deux étoiles en 2012, l'année même où son mentor, Emmanuel Renaut, glanait la troisième étoile pour son Flocon de Sel à Mégeve. « Emmanuel nous a beaucoup apporté, à mon épouse et moi-même », confie le chef, quelques minutes après son sacre. « Il nous a donné de la liberté, cette possibilité de nous épanouir dans notre travail. Mais aussi la culture du produit, l'exigence et une vraie richesse humaine. »
Encore un peu groggy, Michaël Arnoult avoue ressentir des sentiments très divers : « C'est quelque chose d'à la fois très excitant et d'un peu effrayant. J'ai senti un petit vertige en descendant les marches pour aller sur scène. » Cette émotion palpable contraste avec la sérénité habituelle du chef, connu pour son humilité et son travail méticuleux.
Un ancrage profond dans le terroir savoyard
Arrivé chez Emmanuel Renaut en 2001, seulement cinq ans après son diplôme de l'école hôtelière de Montargis, Michaël Arnoult, aujourd'hui âgé de 48 ans, y occupera le poste de second de cuisine tandis que son épouse Ingrid devient directrice de salle. Ensemble, ils se lancent en 2005 dans une nouvelle aventure avec la création de leur restaurant, Les Morainières.
Situé à flanc de coteaux en plein avant-pays savoyard, ce restaurant incarne une cuisine profondément imprégnée de son territoire. Michaël Arnoult affectionne particulièrement travailler les poissons d'eau douce du Rhône, du Lac du Bourget et du Léman, ainsi que l'écrevisse et les champignons locaux. « Le but n'est pas de faire du local pour faire du local, mais d'avoir une identité forte, notamment par les produits qu'on utilise », explique-t-il. « Ce que je veux, c'est que ma cuisine ait du sens à cet endroit-là, pas ailleurs. »
Ses assiettes sont également très marquées par la saisonnalité, « une obligation quand on est au milieu des vignes, comme nous ». Cette philosophie culinaire, alliant respect du terroir et créativité, a sans doute séduit les inspecteurs du Guide Michelin.
Une vision sage pour l'avenir
Pensait-il à la troisième étoile ces dernières années ? « Un chef qui a deux étoiles et dit ne pas penser à ça un jour ou l'autre, je pense que c'est un menteur », rigole-t-il. « Quand on se situe dans un endroit comme ça, il faut avoir conscience qu'à un moment donné, c'est quelque chose dont on aura besoin. Pour perdurer, pour continuer à avancer. »
Son ambition désormais ? « Pour moi, cette récompense, c'est une chance de pouvoir aller encore plus loin dans ce travail identitaire et de nous enrichir de tout ce qui se passe tout autour de nous ». Ces paroles sages, prononcées sous le coup de l'émotion, révèlent l'apanage des discrets et de ceux qui ont la tête sur les épaules. Michaël Arnoult incarne ainsi une nouvelle génération de chefs trois étoiles, ancrés dans leur région et soucieux de donner du sens à leur cuisine.



