À Lattes, ce jeudi, 19 heures, les rues commencent à s'animer. Des enfants à vélo slaloment entre les platanes, des groupes de jeunes convergent vers les arènes, et les anciens, foulard rouge au cou, avancent d'un pas tranquille. L'encierro ne commence que dans une heure, mais les grilles métalliques barrent déjà les rues et la paille recouvre le bitume.
Une tradition familiale transmise de mère en fille
« C'est la vie du village, résume Fabienne, 56 ans. On se retrouve tous, même les gens qu'on ne voit jamais, c'est l'occasion. Là l'encierro, c'est surtout pour les jeunes, ils font le spectacle et nous, ça nous rappelle des souvenirs », lâche cette habitante de Lattes tout sourire.
Élizabeth, 65 ans, ancienne employée de la commune, porte fièrement son foulard occitan : « Les fêtes c'est très important pour nous, c'est une tradition familiale. » Elle se souvient des fêtes de son enfance, quand ses grands-parents l'amenaient ici. Désormais, ce sont ses enfants et petits-enfants qu'elle entraîne à son tour. Sa fille habite d'ailleurs la maison de sa propre mère, « c'est dire ! », glisse-t-elle avec un large sourire.
Au Crès, un concert pour tous les âges
Au Crès, pour le dernier soir de la grande « Fiesta d'été » mardi dernier, l'humeur était au mélange des générations. Pas de DJ sur la place du village : un groupe de musiciens et une troupe de danseurs ont enchaîné les tubes de toutes les époques, dans un patchwork de costumes temporels. Vestes disco à paillettes sur du Claude François, bombers de lycées américains sur un tube de Macklemore, et pour le bouquet final, une chorégraphie enflammée sur Highway to Hell du groupe ACDC.
Au début, la jeunesse cressoise fait grise mine. « C'est nul », regrette Camille, 19 ans, avant de se raviser : « Le dernier soir normalement c'est l'apothéose, là on a des musiques de vieux… Mais bon tout le monde a l'air content. » Pourtant, la bande à laquelle Camille appartient a tout d'intergénérationnel. Sa mère, Gaëlle, 43 ans, porte le même maillot qu'elle. « Ça fait 22 ans qu'on vit au Crès, nos enfants y sont nés, on a toujours fait la fête en famille, alors c'est naturel de les accompagner jusque dans la bande », dit la maman qui peine à se faire entendre avec le concert.
Un spectacle qui finit par séduire
Myriam, 56 ans, une autre habitante du Crès, s'est arrêtée à la fête avec son mari en rentrant chez elle. « Mon fils de 16 ans est là, ce n'est pas vraiment les musiques qu'il préfère, mais il a l'air de bien s'adapter avec ses copains », sourit-elle, en le regardant vibrer sur du Johnny Hallyday. Elle-même avoue s'être découvert une préférence pour les DJ depuis cette année : « Je ne sais pas si c'est à force de venir pour les jeunes », lâche-t-elle ironiquement. Mais elle reconnaît volontiers le charme suranné du spectacle : « Avec les danseuses, j'ai l'impression de revivre les shows télé des années 70-80, c'est marrant. »
Contre toute attente, la piste a fini par se remplir. Les ados qui boudaient il y a une heure se sont retrouvés au coude à coude avec parents et parfois même grands-parents, s'étant laissés aller à quelques pas de danse. Le maire a même fini par relever l'effort, au micro : « Un immense merci à la jeunesse cressoise ! », avant de donner rendez-vous à tous pour la fête du Revivre, à la mi-septembre.



