Un quart de siècle de magie circassienne à Saint-Paul-lès-Dax
Le Festival International des Artistes de Cirque de Saint-Paul-lès-Dax s'apprête à célébrer son vingt-cinquième anniversaire du 12 au 15 mars prochains. Cet événement culturel majeur, créé en 1999, continue de fasciner les spectateurs avec sa programmation d'exception.
Les origines modestes d'un grand festival
Bruno Laloye, président et fondateur du festival, se souvient des débuts modestes de cette aventure. « En 1999, j'avais la volonté de créer un événement culturel majeur à Saint-Paul, où j'ai grandi », confie-t-il. À l'époque, il dirigeait le casino et présidait l'office de tourisme local.
« Les festivals de musique, il y en avait partout. À Saint-Paul, il n'y a ni cinéma, ni théâtre, ni auditorium, mais il y a la place pour un chapiteau, à côté de la Maison du temps libre », explique Bruno Laloye. L'inspiration lui est venue après avoir vu le Cirque du Soleil à Las Vegas. « Je me suis dit 'Pourquoi pas un festival de cirque ?'. Je n'y connaissais rien. J'ai su bien m'entourer, on a trouvé des bénévoles, on était une trentaine. C'est parti comme ça ».
Une évolution remarquable
Le festival a connu une transformation spectaculaire au fil des années. « Ça a commencé de manière très artisanale », reconnaît Bruno Laloye. « Avec le producteur, on a petit à petit amélioré l'accueil des artistes, la qualité du spectacle, l'esthétique de la piste ».
Après dix ans d'existence, Bruno Laloye a pris les rênes du festival et a établi un partenariat crucial avec le cirque Nikouline de Moscou. « Je me suis lié avec le cirque Nikouline de Moscou, dont le fondateur, Iouri Nikouline, est une légende en Russie, un grand clown et acteur, l'équivalent de Charlie Chaplin chez nous ». Cette collaboration a ouvert les portes des plus grands circassiens mondiaux.
La formule du succès
Le festival propose une formule bien rodée : quatre soirées consécutives avec 13 à 14 numéros différents présentés pendant plus de deux heures et demie. Chaque spectacle accueille en moyenne 1 800 spectateurs.
La programmation mélange habilement spectacles aériens, acrobaties au sol, jonglage, humour et clowns. Bruno Laloye sélectionne personnellement les artistes selon deux critères essentiels : « la dimension technique (il faut que leur performance soit exceptionnelle), et la dimension esthétique (je suis amateur des numéros poétiques) ».
Une particularité notable : le festival a volontairement abandonné les numéros de dressage. « Durant longtemps, j'ai fait venir des dresseurs, mais j'ai décidé d'arrêter, avant même que ça devienne polémique, parce que c'est très répétitif. Un animal n'est pas un artiste », justifie le président.
L'édition anniversaire sous le signe des étoiles
Pour cette 25e édition, le festival développe la thématique des étoiles avec un spectacle particulièrement aérien. La programmation comprend cinq numéros aériens (cerceau, trapèze, sangles, mât, corde), deux clowns, un numéro « magi-comique », un équilibre sur mains, un rolla-bolla, un jongleur, un duo acrobatique, une roue Cyr et une « roue de la mort ».
Quatorze numéros seront présentés par des artistes de treize nationalités différentes (aucun Français cette année). L'ensemble sera accompagné de la troupe de danseuses saint-pauloises des Flammes dansantes et de l'orchestre Jean Ribul avec chanteuse. Bruno Laloye qualifie cette programmation d'« une des meilleures de ces dernières années ».
Les défis rencontrés
Le festival a dû surmonter plusieurs difficultés au cours de son existence. « D'abord financièrement, le festival n'a jamais été rentable », admet Bruno Laloye. L'événement dépend fortement du sponsoring du casino de Saint-Paul (que Bruno Laloye ne dirige plus depuis 2002) et des subventions de la mairie et du Département.
L'incertitude budgétaire a même conduit à l'annulation d'une édition. Puis sont venues les années Covid avec l'annulation des éditions 2020 et 2021. Malgré la guerre en Ukraine, le festival continue de faire venir des artistes russes et ukrainiens, souvent simultanément. « Nous faisons attention à ne pas faire venir de circassien de structure trop politisée », précise le président.
Les principales préoccupations de Bruno Laloye restent les accidents potentiels et la météo. « Je ne regarde jamais, durant les spectacles, les numéros beaucoup trop dangereux, j'ai toujours peur qu'il arrive quelque chose à un acrobate ». Quant à la météo, une tempête comme Nils pourrait entraîner l'annulation de l'édition.
La passion intacte d'un fondateur
Après vingt-cinq ans, Bruno Laloye conserve intacte sa passion pour le cirque. « Un jour j'arrêterai, quand je serais trop fatigué. Mais je ne veux pas que ce festival se termine avec moi, je passerai le flambeau ».
Ce projet l'a profondément marqué : « Ce projet m'a énormément enrichi sur le plan humain. J'ai pu développer un tissu relationnel au fil des années, qui vous donne le sentiment d'être utile ».
Sa réflexion sur l'art circassien est particulièrement éloquente : « À force d'explorer l'univers du cirque, de travailler dessus, de parcourir le monde à la rencontre d'artistes incroyables, je me suis rendu compte qu'avec la musique, le cirque est sans doute l'art le plus universel qui existe. Le cirque, ça vous amène à être ébahi sans comprendre, vous éprouvez une émotion brute. C'est l'émotion qui part directement au cœur sans passer par le cerveau. C'est le regard de l'enfant ».
Le Festival International des Artistes de Cirque de Saint-Paul-lès-Dax continue ainsi de porter haut les couleurs d'un art universel, rassemblant chaque année des milliers de spectateurs autour d'émotions pures et de performances exceptionnelles.



