Aurélie Nahon : 200 heures pour traduire un concert en langue des signes
200 heures pour traduire un concert en langue des signes

Aurélie Nahon, chansigneuse professionnelle, a dévoilé les coulisses de son métier dans une interview au Monde. Traduire un concert d'une heure en langue des signes française (LSF) exige plus de 200 heures de préparation, un chiffre qui illustre la complexité de cet art méconnu.

Un travail titanesque en amont

« Pour un concert d'une heure, il faut compter entre 200 et 250 heures de travail », explique Aurélie Nahon. Ce temps inclut l'analyse des paroles, la recherche de signes adaptés, la répétition des mouvements et la coordination avec la musique. La chansigneuse doit non seulement traduire le texte, mais aussi transmettre les émotions et le rythme de la chanson.

Ce métier est encore peu connu du grand public. Pourtant, il joue un rôle crucial dans l'accessibilité des événements culturels pour les personnes sourdes et malentendantes. En France, environ 300 000 personnes utilisent la LSF comme langue maternelle.

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Une demande croissante mais des moyens limités

Malgré l'importance de la chansigne, les chansigneuses et chansigneurs sont rares. Aurélie Nahon fait partie d'un petit cercle de professionnels en France. « On est une vingtaine à exercer régulièrement », estime-t-elle. La demande, elle, augmente, notamment grâce à la loi de 2005 sur l'égalité des droits et des chances, qui encourage l'accessibilité.

Les festivals et salles de concert commencent à intégrer la chansigne, mais les budgets restent souvent insuffisants. « Un cachet pour une chansigneuse est loin de couvrir les heures de préparation », déplore Nahon. Selon elle, le tarif moyen est d'environ 300 à 500 euros par concert, alors que le travail en amont représente plusieurs semaines.

Un art entre traduction et performance

La chansigne ne se limite pas à une traduction mot à mot. Il s'agit d'une interprétation artistique qui doit respecter la musicalité et l'intention de l'œuvre originale. « On doit choisir des signes qui collent au rythme, à la mélodie, et parfois même aux jeux de mots », précise Nahon. Par exemple, pour une chanson rapide, les signes doivent être plus vifs ; pour une ballade, plus amples.

Cette exigence artistique nécessite une connaissance approfondie de la LSF et de la culture sourde, mais aussi une sensibilité musicale. Aurélie Nahon est elle-même musicienne, ce qui l'aide à synchroniser ses gestes avec la musique.

Un métier en voie de reconnaissance

Des initiatives récentes visent à mieux faire connaître la chansigne. En 2025, le festival des Vieilles Charrues a proposé pour la première fois une traduction en LSF pour plusieurs concerts. D'autres événements, comme les Francofolies ou le Printemps de Bourges, ont emboîté le pas.

Cependant, la profession manque encore de structuration. « Il n'existe pas de formation diplômante spécifique », regrette Nahon. Les chansigneurs apprennent souvent sur le tas, après une formation en interprétation LSF. Un collectif informel, le « Collectif Chansigne », milite pour une meilleure reconnaissance et des tarifs plus justes.

Aurélie Nahon espère que son témoignage contribuera à sensibiliser le public et les organisateurs. « La chansigne, c'est un pont entre la musique et les sourds. C'est un droit à la culture pour tous », conclut-elle.

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