Un changement d'éditeur historique pour Boualem Sansal
Le premier livre de Boualem Sansal depuis sa libération en Algérie en novembre 2025 paraîtra chez Grasset. Cet écrivain franco-algérien de 81 ans a décidé de quitter son éditeur historique, Gallimard, pour rejoindre l'une des maisons du géant Hachette Livre, propriété du groupe Louis Hachette contrôlé par Vincent Bolloré. Cette annonce a créé une onde de choc dans le milieu littéraire français.
Un choix présenté comme littéraire et personnel
Arnaud Lagardère, PDG de Hachette Livre, a dévoilé cette information vendredi à Paris lors de la célébration du 200e anniversaire de la maison. Il a déclaré : « C'est son choix. Il voulait changer de vie professionnelle et a émis le souhait de quitter Gallimard. Ce n'est pas un choix idéologique qu'on a fait, c'est un choix littéraire. » Lagardère a insisté sur le fait que Boualem Sansal « avait une appétence pour Grasset » et a nié toute tentative de débauchage.
Contexte de la libération et réactions émotionnelles
Boualem Sansal, naturalisé français en 2024 et élu à l'Académie française en janvier, avait été détenu pendant un an en Algérie pour des prises de position critiques envers son pays natal. Il purgeait une peine de cinq ans de prison pour « atteinte à l'unité nationale » avant d'être libéré le 12 novembre 2025 après une grâce du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Gallimard et le monde de l'édition s'étaient fortement mobilisés pour sa libération, créant même une association de soutien.
La réaction de Gallimard a été marquée par « tristesse et déception ». Dans les coulisses de l'édition, l'amertume est palpable. Un éditeur anonyme confie au Parisien : « Après tout ce qu'Antoine Gallimard a fait pour lui, c'est honteux. Ils n'ont rien lâché jusqu'à ce qu'il sorte de prison, ils ont créé une association de soutien, organisé des soirées pour qu'on ne l'oublie pas. Quelle tristesse. » Un autre rappelle que Gallimard a pris en charge les frais d'avocats et le logement de l'écrivain.
Les implications dans le paysage éditorial français
Ce transfert intervient alors que Hachette Livre, numéro un français de l'édition, appartient au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Arnaud Lagardère a évoqué le rôle des médias du groupe, comme Europe 1 et le JDD, dans la campagne pour la libération de Sansal, tout en précisant qu'il n'avait pas cherché à savoir si cela avait influencé la décision de l'écrivain. Il a décrit Boualem Sansal comme « un homme qui a vécu probablement les pires choses qu'on puisse imaginer et qui donc vraiment a décidé de tirer un trait, si je puis dire, sur son passé ».
La nouvelle maison d'édition de Boualem Sansal reste encore inconnue dans ses détails, aucune date précise n'ayant été annoncée pour la parution de son prochain ouvrage. Ce changement symbolise un tournant majeur dans la carrière de l'auteur et suscite des débats sur les loyautés et les transformations dans l'industrie du livre.



