Une cuvée 2027 riche en néologismes
La cuvée des nouveaux mots qui font leur entrée dans le Petit Larousse illustré 2027 est arrivée ! Et comme toujours, le fameux dictionnaire ne déroge pas à la règle : il est définitivement le reflet de notre société. Cette année, parmi les quelque 150 termes nouveaux, nombreux sont ceux qui ont trait à l’inclusion, à l’accessibilité, aux angoisses et aux inquiétudes de notre époque, mais aussi à ce qui peut nous rassurer, comme la protection de l’environnement ou l’engagement citoyen, sans oublier la gastronomie mondiale et les mots étrangers dont l’usage s’est généralisé au quotidien.
« Ce qui me plaît particulièrement avec les nouveaux mots, c’est la manière dont sont formés ces néologismes, explique Bernard Cerquiglini, éminent linguiste et conseiller scientifique du Petit Larousse. Plusieurs formes se démarquent : les mots composés “substantif-adjectif”, comme “biais cognitif”, “guichet unique”, “identité numérique”. Il y a aussi des groupes “noms-préposition-nom”, tels “îlot de fraîcheur”. On fabrique aussi des verbes, toujours du premier groupe : “cagnotter”, “décontextualiser”, “essentialiser”... Puis il y a également des noms formés avec des préfixes : “polycrise”, “microplastique”, “surtourisme” - ou des suffixes - “dinguerie”, “polarisation”… Mes préférés ? Les mots-valises, comme “infopreneurs”, qui désignent ceux qui entreprennent en matière d’information. Ou encore la “réduflation”, mélange de “réduction” et “inflation”, pour définir l’inflation cachée par la réduction de la quantité de produit vendu, comme c’est le cas pour une bouteille d’un litre qui change d’emballage pour ne plus contenir que 0,75 cl, en gardant son prix initial. »
Et le professeur émérite de remarquer que ce sont les Québécois, particulièrement friands de mots-valises, qui l’ont créé. « La francophonie est riche de sa diversité : en Afrique, par exemple, l’innovation linguistique passe souvent par des métaphores. Ainsi du “long crayon”, qui entre lui aussi dans le dictionnaire, pour qualifier l’intellectuel, celui qui a fait des études. Le Petit Larousse illustre cette année toutes les façons d’inventer des mots. Et une langue qui en invente, est une langue bien vivante ! » s’enthousiasme Bernard Cerquiglini.
Une langue de plus en plus parlée
Avec près de 400 millions de locuteurs, le français vient de devenir la quatrième langue la plus parlée au monde, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol, et devant l’arabe, selon la nouvelle édition du rapport quadriennal « La langue française dans le monde » de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Parmi ces locuteurs, 65 % se trouvent en Afrique. Et cette tendance ne devrait pas faiblir : on prévoit pour 2050 quelque 600 millions de locuteurs dans le monde, dont 9 sur 10 devraient être en Afrique. Le français est aussi la deuxième langue la plus apprise au monde, avec 170 millions d’apprenants.
« Il est très important pour le Petit Larousse d’intégrer les mots de la francophonie, car la langue évolue en permanence. Nous avons des conseillers dans les différents bassins linguistiques francophones, nous échangeons régulièrement avec l’OQLF, l’Office québécois de la langue française, avec des universités québécoises, belges, suisses… », explique Carine Girac-Marinier.
Un usage répété et partagé
Sur les 150 mots et sens qui entrent chaque année dans le Larousse, tous ne sont pas des néologismes. Certains existent depuis parfois vingt ans, mais leur usage s’est développé au sein de la francophonie. « D’autant qu’avec les réseaux, les mots voyagent plus vite », note Carine Girac-Marinier, directrice du département Dictionnaires, encyclopédies et périscolaire chez Larousse.
Chaque année, 1 000 à 2 000 mots ou nouveaux sens apparaissent dans notre langue. Pour déterminer ceux qui intégreront la liste finale des mots élus, ceux-ci doivent répondre à des critères quantitatifs (le terme doit être abondamment employé) et qualitatifs (le mot doit avoir un usage partagé, et pas seulement au sein d’une catégorie socioprofessionnelle). « On scrute particulièrement les médias, car lorsque les journalistes utilisent le mot, c’est que le grand public va le côtoyer aussi », remarque Carine Girac-Marinier.
Après une première sélection de plusieurs centaines de mots, le comité de choix des nouveaux mots, composé de lexicographes (qui travaillent sur les « mots de langue », comme « dinguerie »), de terminologues et d’encyclopédistes (qui étudient les mots ou personnalités spécifiques à un domaine précis, comme les sciences, l’art…) et de conseillers chargés de la nomenclature (médecins, avocats... pour leurs domaines respectifs) se met à pied d’œuvre, sous le regard passionné du conseiller scientifique, Bernard Cerquiglini. C’est là que chacun entame une lutte acharnée pour défendre « ses » mots… jusqu’à la sélection finale.
« Nous visons à l’universalisme dans nos définitions et nos notices, insiste Carine Girac-Marinier. Et nous apportons de nombreuses précisions sur les différentes connotations des mots, pour que tout un chacun puisse utiliser la langue française à bon escient. »
Les termes ou acceptions qui n’ont pas été retenus peuvent retenter leur chance l’année suivante. Chez Larousse, les équipes ont déjà commencé à travailler sur le prochain dictionnaire… et il y a fort à parier que les discussions vont encore être animées.
Le Petit Larousse illustré 2027 en chiffres
- 64 650 mots, 125 000 sens, 20 000 locutions, 2 000 régionalismes et mots de la francophonie.
- 5 500 cartes, dessins, photographies et schémas, et 150 planches illustrées.
- 28 000 noms propres.
- 80 000 mots dans le dictionnaire Larousse disponible en ligne.



