L'ex-grand reporter Mémona Hintermann, connue pour ses reportages de guerre sur France 3, a troqué son micro contre une blouse d'assistante vétérinaire pendant deux ans. Elle en tire un livre intitulé Nos animaux nous réparent, paru chez Hugo Doc, dans lequel elle explore les liens profonds qui unissent les humains à leurs animaux de compagnie.
Une enquête au cœur du cabinet vétérinaire
C'est en voyant son fils Julien se reconvertir en vétérinaire dans les Landes que Mémona Hintermann a eu l'idée de cette immersion. « J'ai vu des gens de tous milieux pleurer toutes les larmes de leur corps en perdant leur chat ou leur chien, et dire 'mon fils', 'ma fille' en parlant de leur animal », confie-t-elle. Cette observation l'a poussée à enquêter sur ce phénomène qu'elle juge révélateur d'une évolution sociétale profonde.
Des liens affectifs puissants mais parfois tabous
La journaliste note que malgré la force de ces liens, il existe encore une forme d'omerta, une honte à assumer son attachement à un animal. « Chez le véto, on se lâche », explique-t-elle. Dans son livre, elle raconte des scènes poignantes : des propriétaires anéantis par la perte de leur animal, des familles recomposées autour d'un chien ou d'un chat. Elle s'interroge sur les raisons de cette intensité affective.
Le regard de Boris Cyrulnik
Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui a préfacé l'ouvrage, évoque la dilution des liens humains comme explication. « Ces liens sont anciens, mais aujourd'hui on ose les afficher », souligne Mémona Hintermann. Elle observe que même des personnes très entourées peuvent être « totalement démolis » par la perte de leur animal. Un jeune homme est même venu accompagné de sa compagne et de son ex pour l'euthanasie de son chien.
Un sujet tabou : le suicide chez les vétérinaires
L'auteure aborde également un aspect sombre de la profession : le taux de suicide élevé parmi les vétérinaires, qui ont accès à des substances létales. « Euthanasier un animal n'est pas un geste anodin et ça ne doit pas le devenir », insiste-t-elle. Ce geste, bien que nécessaire pour abréger les souffrances, a un impact psychologique fort.
Une expérience personnelle
Mémona Hintermann revient aussi sur son propre rapport aux animaux. Ayant grandi à La Réunion dans un contexte de précarité, elle n'avait pas cette proximité. Elle raconte l'erreur commise avec le chien de son fils, trop gros pour un appartement parisien, qu'ils ont confié à un proche en Suisse. « Mon fils Julien avait noué une connexion forte avec cette bête, que nous avons rompue sans réaliser ce que nous faisions. Je crois qu'en devenant vétérinaire, il a cherché à réparer cette blessure », confie-t-elle.
Un livre qui interroge notre rapport au vivant
À travers son enquête, la journaliste pose des questions essentielles : devenons-nous plus sensibles ? Avons-nous besoin de nous reconnecter au vivant ? Elle constate que les animaux sont devenus de véritables compagnons de vie, des intercesseurs dans les familles. Nos animaux nous réparent est un témoignage poignant sur la place des animaux dans nos vies et sur le métier de vétérinaire.



