Un hommage à l'art perdu de la correspondance
Dans un monde dominé par les SMS et les e-mails, Virginia Evans nous offre avec La Correspondante un roman épistolaire d'une rare intensité. Le livre met en scène Sybil Van Antwerp, 73 ans, ancienne greffière vivant sur la côte est américaine, qui appartient à une espèce en voie de disparition : celle des épistoliers. Elle prend plaisir à rédiger des courriers manuscrits à sa meilleure amie, son voisin, un potentiel amant texan, aux écrivains qu'elle admire, à ses enfants, et même à des inconnus croisés par hasard.
Sybil se souvient de sa première lettre, écrite en 1948 à P. L. Travers, l'auteur de Mary Poppins. Depuis, elle n'a cessé d'écrire, mais aujourd'hui, elle perd la vue. Quelqu'un l'observe et lui laisse des mots vengeurs. Un test ADN plonge sa vie dans le chaos, tandis que le souvenir d'un fils disparu et la culpabilité la hantent.
Un récit poignant et drôle
À travers ce déluge de courrier, le lecteur découvre la somme et le mystère d'une vie qui s'achemine doucement vers son crépuscule. La voix de Sybil est mordante, poignante et drôlissime. Les romans épistolaires sont rares, et ceux d'une qualité telle que La Correspondante le sont encore plus.
Le seul défaut de ce livre est qu'il nous laisse en deuil : de Sybil, et de ce que nous étions jadis, des gens qui écrivaient des lettres. Dans cent ans, personne ne lira les SMS endormis dans nos téléphones morts. Merci à cette Correspondante de nous rappeler que nous pouvons faire de la vie si brève un très long courrier.
La Correspondante, de Virginia Evans, traduit de l'anglais (États-Unis) par Leïla Colombier, Quai Voltaire, 336 pages, 22,50 euros.



