La Foire du livre de Bruxelles exclut un think tank libéral, déclenchant une tempête politique
Exclusion d'un think tank à la Foire du livre de Bruxelles : un scandale politique

Un scandale éditorial qui prend une tournure politique en Belgique

En Belgique comme en France, le milieu de l'édition affectionne particulièrement les scandales quelque peu frivoles, très médiatiques mais souvent sans véritable portée. C'est probablement sans le vouloir que la Foire du livre de Bruxelles, événement annuel comparable au salon du Livre de Paris, a déclenché ce qui devient désormais une véritable affaire d'État chez nos voisins belges.

L'exclusion controversée du Centre Jean Gol

Les organisateurs de la manifestation, qui se tiendra du 26 au 29 mars, ont informé il y a une dizaine de jours un exposant historique que sa présence n'était pas souhaitée. Il s'agit du Centre Jean Gol, cercle de réflexion et éditeur officiel du Mouvement réformateur (MR), premier parti politique francophone de Belgique, de tendance droite libérale.

Le motif avancé par les organisateurs est la sécurité. Le MR est en effet ciblé avec insistance depuis plusieurs mois par des groupes d'extrême gauche. Son président, Georges-Louis Bouchez, cristallise particulièrement cette hostilité. Il a d'ailleurs porté plainte pour menace de mort en octobre 2025, et une arme a été retrouvée au domicile d'un suspect lors d'une perquisition policière.

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Un précédent inquiétant avec Raphaël Enthoven

Les organisateurs de la foire ont soutenu qu'ils n'étaient pas en mesure d'assurer la sérénité dans les allées du salon si le Centre Jean Gol était présent. Ils avaient quelques raisons de penser que leur décision ne ferait pas de vagues. En septembre 2025, une séance de dédicaces de Raphaël Enthoven à la librairie bruxelloise Filigranes avait été annulée au dernier moment, sous la pression de militants propalestiniens, afin d'éviter des incidents.

Peu de voix s'étaient élevées pour protester dans une capitale belge désormais marquée par une tendance gauche radicale. Selon un sondage réalisé par Le Soir-RTL info-Ipsos-VTM-Het Laatste Nieuws, le premier parti politique de Bruxelles est aujourd'hui le Parti du Travail de Belgique (PTB), formation qui revendique ses racines maoïstes, avec 20,6 % d'intentions de vote, juste devant le PS à 20,3 %. Il faut y ajouter 9,5 % de sympathisants Écolos, ces derniers étant sensiblement plus engagés que leurs homologues français dans l'anticapitalisme et l'antisionisme.

La question cruciale de la neutralité politique

Georges-Louis Bouchez a immédiatement soulevé un point juridique crucial : « Une loi en Belgique impose la neutralité politique aux organisations qui bénéficient d'aides publiques. C'est le cas de la Foire du livre, à hauteur de 250 000 euros. Or, le centre d'étude Emile Vandervelde du Parti socialiste sera présent ! »

La sécurité remise en question par les autorités

Le président du MR a par ailleurs salué le bourgmestre socialiste (équivalent du maire) de Bruxelles, Philippe Close : « En déclarant publiquement que sa police n'avait jamais signalé de risque de troubles à l'ordre public lié à la présence du Centre Jean-Gol à la Foire du livre, je pense qu'il a changé la donne. Les organisateurs ont d'abord été motivés par la lâcheté, mais en se drapant dans la sécurité pour donner raison aux antifas, ils espéraient sans doute aussi passer pour des héros dans certains milieux. » Une stratégie qui a échoué, puisque personne ne les a suivis.

La réaction des médias et de la classe politique

Alors que ses relations avec le MR sont traditionnellement tendues, le journal Le Soir a pris position sans ambiguïté : « La Foire du livre se tire une balle dans le pied », a titré le quotidien de référence belge. Georges-Louis Bouchez a écrit à chaque président de parti en Belgique, réclamant une solidarité pragmatique : « Je leur ai fait valoir que si on laissait se créer un tel précédent, un jour, leur tour viendrait. »

Aucun parti n'a soutenu l'exclusion du Centre Jean Gol de la Foire, mais la classe politique belge est loin de s'être manifestée à l'unisson contre cette décision. Ni le PTB ni les Écolos n'ont pris position officiellement, ce qui révèle les tensions sous-jacentes au sein du paysage politique belge.

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La Foire du livre fait marche arrière

Georges-Louis Bouchez précise avoir discuté longuement avec l'organisateur de la Foire il y a une dizaine de jours, sans parvenir à le faire revenir sur sa décision. Toutefois, à la suite du tollé provoqué par cette censure déguisée, la Foire a repris contact avec le MR, qui se dit ouvert à la discussion.

Contactée par Le Point, la Foire du livre fait savoir qu'une réunion est prévue à son initiative « en début de semaine prochaine avec l'ensemble des acteurs concernés (police, Ville de Bruxelles, propriétaire des lieux, Centre Jean Gol, ministère de l'Intérieur et la Foire du livre), afin de mettre sur la table toutes les garanties nécessaires pour accueillir le Centre Jean Gol dans de bonnes conditions ».

Un climat de tensions qui s'aggrave

Cette affaire, qui fait la une de tous les médias belges, n'est sans doute pas terminée. Elle témoigne d'un climat de tensions qui devient particulièrement pesant, dans un pays qui a longtemps été fier de son climat de tolérance exceptionnel. Ce climat s'est hélas dégradé depuis l'époque de Jean Gol (1942-1995).

Président des libéraux francophones, vice-Premier ministre et ministre de la Justice, Jean Gol était juif. En septembre 2025, lors du trentième anniversaire de sa mort, sa famille a découvert sa tombe taguée avec l'inscription : « Never Again ? Hé merde », une allusion directe et choquante à la Shoah. Cet incident illustre la dégradation inquiétante du débat public et du respect des différences en Belgique.

La polémique autour de la Foire du livre de Bruxelles dépasse donc largement le simple cadre éditorial pour toucher aux fondements mêmes de la démocratie belge, posant des questions essentielles sur la liberté d'expression, la neutralité des institutions publiques et la sécurité des acteurs politiques dans l'espace public.