Sur les tables du marché du film, des piles de livres. De chaque côté, un producteur et un éditeur. Depuis treize ans, l’opération Shoot the Book !, organisée par la Société Civile des Éditeurs de Langue Française (SCELF) et le Marché du Film, fait se rencontrer ces deux types de professionnels venus du monde entier autour de romans à adapter. Et le phénomène prend de l’ampleur. Cette année, 452 producteurs issus de 37 pays ont participé aux rendez-vous professionnels organisés au Palais des Festivals.
« On voit qu’il y a une vraie envie d’aller chercher des histoires dans les livres », observe Philippe Robinet, président de la SCELF et directeur général des éditions Calmann-Lévy. Les scénarios issus de romans séduisent davantage. Les chiffres confirment cet engouement. Selon une étude menée avec le Centre national du cinéma (CNC), un film français sur cinq est aujourd’hui adapté d’un livre. Au Festival de Cannes, cette année, les films Mémoire de fille, Tangles, Histoire de la nuit ou In waves entre autres sont issus de romans.
En salles, les adaptations attireraient 32 % de spectateurs supplémentaires par rapport aux scénarios originaux. « Les deux arts se complètent très bien. Les lecteurs deviennent spectateurs, et inversement », résume l’éditeur. À Cannes, Shoot the Book ! met aussi en lumière des romans encore peu connus du grand public. Huit ouvrages ont été sélectionnés cette année pour leur potentiel cinématographique, parmi lesquels Croire aux fauves de Nastassja Martin (Gallimard), Looking for Bono d’Abidemi Sanusi (Jacaranda), Superstars d’Ann Scott (Flammarion), Un soir d’été de Philippe Besson (Julliard)… Le rendez-vous a permis à environ 40 % des livres présentés lors des précédentes éditions de faire ensuite l’objet d’une option d’adaptation.
Adapter, un exercice délicat
Pour Philippe Robinet, ce rapprochement entre littérature et cinéma est une évolution majeure. « Longtemps, ces deux mondes se parlaient assez peu », explique-t-il. Aujourd’hui, producteurs et éditeurs apprennent à travailler ensemble autour notamment de ce que l’industrie appelle des « IP », pour propriété intellectuelle : des univers capables de vivre sur plusieurs supports, du cinéma aux séries. Mais adapter un roman reste un exercice délicat. « Adapter, c’est trahir », sourit Philippe Robinet. Selon lui, une adaptation réussie ne consiste pas à copier fidèlement un livre, mais à créer « un autre geste artistique ». D’où l’importance de laisser une liberté aux réalisateurs, même si les éditeurs gardent un droit de regard.
Un cercle vertueux
Et lorsque la rencontre fonctionne, tout le monde y gagne. Les adaptations relancent souvent les ventes des romans. Philippe Robinet cite notamment les derniers succès du Comte de Monte Cristo qui a redoublé les ventes en poche ou encore La Zone d’intérêt, adapté de Martin Amis, dont le roman s’est mieux vendu après la sortie du film qu’à sa sortie. Ainsi, le mariage entre littérature et cinéma se révèle bénéfique pour les deux industries, créant un cercle vertueux où lecteurs et spectateurs se nourrissent mutuellement.



