Vincent Bolloré défend le limogeage d'Olivier Nora et promet de nouveaux auteurs chez Grasset
Bolloré défend le départ de Nora et promet de nouveaux auteurs chez Grasset

Vincent Bolloré étrille Olivier Nora et promet un renouveau pour Grasset

Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, le milliardaire conservateur Vincent Bolloré a vivement réagi à la polémique entourant le limogeage d'Olivier Nora, le PDG des éditions Grasset. Il a dénoncé "une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient", tout en assurant que la maison d'édition "continuera" malgré les départs massifs d'auteurs.

Une crise cristallisée autour de Boualem Sansal et des performances économiques

Vincent Bolloré, qui contrôle Hachette, le groupe propriétaire de Grasset, a justifié cette décision en pointant deux éléments clés. Premièrement, le désaccord sur la publication du nouveau livre de Boualem Sansal. Alors qu'Olivier Nora préconisait une sortie en fin d'année, la direction de Hachette souhaitait une publication plus rapide, ce qui a créé des tensions.

Deuxièmement, le milliardaire a critiqué les performances économiques "décevantes" de Grasset sous la direction de Nora. Il a révélé que le chiffre d'affaires est passé de 16,5 millions d'euros en 2024 à 12 millions en 2025, tandis que le résultat opérationnel a été divisé par deux, chutant de 1,2 million à 0,6 million d'euros. Dans le même temps, la rémunération annuelle d'Olivier Nora a augmenté de 830 000 à 1,017 million d'euros, une somme partiellement facturée à Grasset par Hachette.

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La fronde des auteurs et l'appel à une clause de conscience

Cette décision a provoqué une onde de choc dans le monde de l'édition. Plus de 170 auteurs ont annoncé leur refus de publier de nouveaux ouvrages chez Grasset, dénonçant "une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale". Cette protestation s'est amplifiée avec une tribune signée par plus de 300 auteurs et acteurs du secteur, dont Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, publiée dans La Tribune Dimanche.

Les signataires réclament la création d'une "clause de conscience" pour les professionnels de l'édition, similaire à celle existant pour les journalistes. Ils estiment que le licenciement d'Olivier Nora révèle une évolution problématique où "un ensemble cohérent de médias, d'éditeurs et de plateformes dont l'orientation idéologique est identifiée dans le débat public" se forme, sans cadre juridique adapté.

Ils soulignent le dilemme auquel sont confrontés les salariés : "Partir, c'est renoncer à des années d'ancienneté, à des droits, à une stabilité parfois construite sur des décennies. Rester, c'est consentir à une forme de dissonance morale".

Les réactions politiques et l'avenir de Grasset

Interrogé sur cette proposition de clause de conscience, le président Emmanuel Macron a appelé à y "réfléchir", reconnaissant que "c'est une question qui va se poser", sans prendre position pour l'instant.

Face à cette tempête, Vincent Bolloré reste ferme. Il affirme que le départ des auteurs actuels "va permettre à de nouveaux auteurs d'être publiés", assurant ainsi un renouvellement de la maison Grasset. Il minimise le "vacarme" médiatique, le qualifiant de réaction excessive d'une élite qu'il critique ouvertement.

Cette crise met en lumière les tensions croissantes entre les logiques économiques des grands groupes et les valeurs d'indépendance éditoriale chères au monde littéraire français, avec des conséquences potentielles sur l'ensemble du secteur.

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