Selon l'observatoire du dépôt légal, les auteurs autoédités signeraient environ 25 % des ouvrages, et sans doute beaucoup plus en réalité. Un quart des Français rêvent d'apposer leur nom sur la couverture d'un livre. Passer à l'acte, c'est se jeter dans le vide, livrer une part de soi. Face à des éditeurs qui consacrent peu d'élus, beaucoup de néoécrivains se tournent vers l'autoédition. La proportion des livres autoédités a doublé en quinze ans, passant de 12 % en 2010 à 25 % en 2025. Jeunesse, BD, romance, policier, fantasy, récits autobiographiques : aucun genre n'échappe au phénomène.
Des parcours variés, une même passion
Joy Kirtz, habitante de Clarensac dans le Gard, a franchi le pas à 30 ans. « J'apprends aux entrepreneurs à raconter leur histoire pour mieux se vendre, explique-t-elle. J'avais envie de raconter la mienne depuis toute petite. » Dans « Le pouvoir de ton histoire », elle se livre sur une enfance marquée par la séparation avec une mère malade et alcoolique. « Il a fallu passer le cap car ça m'a confrontée à mes blessures, avoue Joy. Mais en écrivant, je me suis mieux comprise. »
Anne Muratet, Toulousaine salariée dans un office HLM, a autoédité en 2021 un premier roman feel good, « Le chemin de nos libertés ». « J'ai eu envie de continuer et j'ai été accompagnée dans l'écriture de mon deuxième roman par une structure montpelliéraine. » Cette expérience lui a révélé une vocation : « J'ai découvert que j'étais faite pour transmettre et accompagner les personnes désireuses de se lancer dans l'écriture. » Après un licenciement en 2023, elle a créé sa propre structure, « Ecris ton livre by Anne ». Son troisième roman, en cours, aborde des thèmes personnels puisqu'elle se bat contre un cancer du sein. « Que l'on soit malade ou pas, l'écriture a des vertus très thérapeutiques », souligne-t-elle.
De l'écriture à l'organisation de salons
Frankie Pauly, Montpelliéraine, après une carrière dans la communication et le journalisme, s'est lancée dans l'autoédition en 2023 avec une trilogie de fantasy, « Le cercle de Maât ». Elle s'y consacre aujourd'hui à 100 % et a créé un salon du livre indépendant à Montpellier, dont la deuxième édition vient de se tenir. « La crise sanitaire a été déterminante pour beaucoup, reconnaît-elle. On voit de tout dans l'autoédition. Il est difficile d'en faire un métier à plein temps car c'est très chronophage. Mais c'est préférable aux contrats avec certaines maisons à compte d'auteur. »
Patrick Porizi, ancien ingénieur des sciences de l'eau dans l'Hérault, a réalisé à 50 ans son rêve d'écriture avec un premier thriller, « Une main coupée », qui s'est vendu à plus de 6 000 exemplaires sur Amazon. « Le système fonctionne bien, dit-il, car un auteur est aussi bien rémunéré, voire mieux, en touchant 70 % de livres numériques à bas prix qu'en ayant seulement 10 % d'un livre papier avec un éditeur classique. »
Fred Bologsen, ancien policier de Saint-Drézéry, cartonne sur les salons avec les aventures de ses héros Corti et Danko. « Du plaisir et pas de contrainte. Quand j'étais ado, je m'étais promis d'écrire un jour. Sans doute que mon flic un peu borderline fait des trucs que je n'osais pas faire. » Il privilégie les salons à taille humaine.
Un regard encore mitigé en France
« L'autoédition reste plus mal considérée en France qu'en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons », regrette Frankie Pauly. Question de culture et de prestige du terme « édité », profondément ancré dans l'inconscient collectif. Pourtant, les chiffres montrent une tendance irréversible : de plus en plus d'auteurs choisissent cette voie pour exister dans le paysage littéraire.



